Dans la course à la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie, il y a un duel qui dépasse de loin le cadre institutionnel. D’un côté, Juliana Lumumba, fille de Patrice Emery Lumumba, héros de l’indépendance congolaise assassiné en 1961, candidate officielle de Kinshasa. De l’autre, Louise Mushikiwabo, ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, secrétaire générale sortante qui brigue un troisième mandat.
Candidate de la RDC, la fille de Patrice Emery Lumumba assure ne pas vouloir faire de cette élection un énième lieu de conflit entre Kinshasa et Kigali. Elle se positionne comme une candidate de rassemblement, portant les valeurs de la Francophonie au-delà des tensions régionales.
Mais la réalité est plus complexe que la communication officielle. Cette élection à l’OIF se tient dans un contexte où la RDC et le Rwanda sont en guerre par proxies interposés dans l’est du Congo. Que les deux pays se disputent la direction d’une institution culturelle et linguistique dit à quel point la crise des Grands Lacs a contaminé tous les espaces de coopération africaine.
Pour Kinshasa, placer Juliana Lumumba à la tête de l’OIF serait un symbole puissant : la fille d’un homme dont le nom est synonyme de lutte contre l’impérialisme et le néocolonialisme dirigerait une institution héritière, en partie, du legs colonial français dans le monde. Il y a dans cette candidature quelque chose d’une récupération de l’histoire par ceux qu’elle avait brisés.
Pour Mushikiwabo et Kigali, maintenir la direction de l’OIF est une question d’influence continentale et internationale. L’enjeu est moins symbolique que stratégique : qui pèse dans les décisions éducatives, culturelles et politiques de l’espace francophone, qui compte 320 millions de locuteurs dans le monde ?
Le vote est attendu lors du prochain Sommet de la Francophonie. En attendant, cette campagne est déjà un récit en soi.



























