L’Église catholique congolaise n’a jamais été du genre à se taire quand l’avenir du pays est en jeu. Et ce mercredi 15 avril, la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) publie une analyse qui risque de secouer les certitudes du pouvoir à Kinshasa : le partenariat stratégique signé entre la RDC et les États-Unis est disséqué sous toutes ses coutures, et le tableau n’est pas aussi limpide que les communiqués officiels le laissent entendre.
La Commission Justice et Paix de la CENCO analyse le Partenariat stratégique RDC–USA et en dégage plusieurs points saillants : position géostratégique du Congo utilisée comme levier, effet sécuritaire dissuasif attendu, mais aussi possible réforme constitutionnelle et risque de conflit Washington–Pékin sur le sol congolais.
Cette dernière hypothèse mérite qu’on s’y arrête. La Chine est, depuis des années, le premier partenaire minier de la RDC. Des dizaines d’entreprises chinoises exploitent le cobalt, le cuivre, le coltan congolais, parfois dans des conditions que les ONG de défense des droits humains ont longuement documentées. Voir Washington prendre pied sur ce même terrain avec des ambitions affichées sur les minerais critiques indispensables à la transition énergétique crée une équation explosive. La RDC deviendrait-elle un front de la rivalité sino-américaine ? Ce n’est plus une hypothèse d’école.
Parallèlement, un nouvel accord a été signé entre Kinshasa et l’AFC-M23 en Suisse pour consolider le cessez-le-feu, tandis que le député Hermès Itina, au nom de plusieurs parlementaires, a jugé les accords avec le Rwanda et les États-Unis recevables, y voyant un pas vers la paix et le développement.
Mais la CENCO pose la vraie question : à quel prix ? Un accord de partenariat stratégique avec une grande puissance n’est jamais anodin. Il comporte des clauses, des attentes, des contreparties. Que la RDC y gagne une protection sécuritaire contre le M23 soutenu par Kigali est une perspective réelle. Qu’elle y perde des marges de souveraineté sur ses ressources ou sur ses choix institutionnels est un risque tout aussi réel.
Pour l’Église, qui s’adresse à des millions de Congolais, l’enjeu est moral autant que politique. Un peuple qui souffre depuis des décennies de prédations extérieures et internes mérite une transparence totale sur les engagements pris en son nom. Ce rapport de la CENCO est un acte de citoyenneté institutionnelle que les autorités auraient tort d’ignorer.






























