Cinq ans. Soixante prorogations successives. Des dizaines de milliers de morts. Et toujours la même question, posée chaque mois au Parlement de Kinshasa : faut-il encore renouveler l’état de siège ? La réponse est invariablement oui. Et invariablement, rien ne change fondamentalement sur le terrain.
L’état de siège dans le Nord-Kivu et l’Ituri a été institué en mai 2021 par le président Félix Tshisekedi, avec l’ambition affichée de mettre fin aux cycles de violence qui ensanglantent ces deux provinces depuis plus de deux décennies. Concrètement, cette mesure confie le pouvoir exécutif et judiciaire aux militaires et place les institutions civiles sous tutelle de l’armée. Elle suspend certaines libertés fondamentales au nom de l’impératif sécuritaire.
Le territoire de Mambasa reste le théâtre d’attaques sanglantes des ADF, qui ont récemment kidnappé une trentaine de civils et causé plusieurs morts. Les FARDC font face à une triple menace, malgré des opérations de sécurisation intensives. La situation sur le terrain dément chaque mois le discours officiel d’une sécurisation progressive.
Ce que la société civile dénonce depuis des années, c’est l’instrumentalisation politique de cette mesure d’exception. Dans plusieurs zones, l’autorité militaire sert moins à protéger les civils qu’à contrôler les ressources — mines d’or, forêts, axes commerciaux. Les abus commis par des éléments des FARDC contre les populations sont documentés par les organisations de défense des droits humains, qui rappellent régulièrement que les gardiens de l’ordre sont parfois eux-mêmes des sources d’insécurité.
L’ONU a recensé 439 violations des droits humains en janvier 2026 seulement, impliquant aussi bien des groupes armés que des forces gouvernementales. Dans ce contexte, renouveler l’état de siège sans en évaluer sérieusement les effets revient à administrer une piqûre de morphine à un patient dont la plaie s’infecte. Le soulagement est temporaire. Le problème, lui, s’aggrave.
La vraie solution au conflit à l’Est passe par des voies que l’état de siège ne peut emprunter : le dialogue politique inclusif, l’absorption des combattants démobilisés dans un tissu économique viable, le développement d’une présence étatique civile effective, et la résolution diplomatique de la question rwandaise. Autant de chantiers immenses, que cinq ans d’urgence permanente n’ont fait qu’ajourner.






























