Les conclusions rendues publiques par la Mission internationale indépendante d’établissement des faits pour le Soudan dressent un constat glaçant : à El Fasher, capitale assiégée du Darfour-Nord, des « signes de génocide » émergent d’une campagne de violences systématiques attribuée aux Forces de soutien rapide. Les enquêteurs évoquent des massacres ciblés, des violences sexuelles de masse et la destruction délibérée des moyens de subsistance des communautés non arabes, décrivant une stratégie de nettoyage ethnique méthodique plutôt que des dérives de guerre.
Selon la mission onusienne, au moins trois actes constitutifs du crime de génocide sont documentés : meurtres de membres d’un groupe protégé, atteintes graves à l’intégrité physique et psychologique, et imposition de conditions de vie visant la destruction du groupe. Le président de la mission, Mohamed Chande Othman, souligne que « l’ampleur, la coordination et le soutien public » d’officiers des FSR démontrent le caractère planifié de l’opération. Les déclarations publiques appelant à l’élimination des populations non arabes, couplées à des attaques ciblées contre des quartiers et camps précis, constituent selon les enquêteurs « la seule conclusion raisonnable » d’une intention génocidaire.
Le siège d’El Fasher dernier bastion majeur hors contrôle des FSR au Darfour a transformé la ville en piège humanitaire. Les routes d’approvisionnement sont coupées, les hôpitaux détruits ou occupés, et les civils exposés à des bombardements et incursions régulières. Des témoignages concordants évoquent des rafles et exécutions ciblant les communautés four, masalit et zaghawa, rappelant les schémas observés lors du génocide du Darfour au début des années 2000. L’effondrement de l’État soudanais depuis la guerre entre l’armée et les FSR en 2023 a laissé ces populations sans protection effective.
Au-delà d’El Fasher, l’alerte onusienne ravive la crainte d’une extermination à grande échelle au Darfour si aucune pression internationale décisive n’est exercée. L’histoire récente du Darfour montre que l’impunité nourrit l’escalade : l’absence de mécanisme coercitif crédible contre les responsables des FSR alimente la perception d’un feu vert tacite. Pour les observateurs africains, la qualification progressive de génocide pourrait constituer un tournant à condition qu’elle débouche sur protection des civils, sanctions ciblées et poursuites internationales avant que la destruction des communautés non arabes ne devienne irréversible.






























