En République démocratique du Congo, le nombre de condamnations à mort a fortement augmenté depuis le changement de politique intervenu en 2024. Selon un rapport publié par l’ONG Ensemble contre la peine de mort (ECPM) et plusieurs partenaires congolais, plus de 480 condamnations à mort ont été prononcées en 2024, soit une hausse d’environ 300 % par rapport à 2023. Le rapport évoque l’augmentation la plus élevée observée depuis deux décennies.
Cette évolution s’explique en grande partie par la décision des autorités congolaises, en mars 2024, de mettre fin au moratoire sur les exécutions appliqué de facto depuis 2003. Jusqu’alors, les condamnations capitales étaient généralement commuées en peines de prison à perpétuité.
La reprise de cette option pénale a modifié la pratique judiciaire, notamment dans les juridictions militaires et dans les dossiers liés à la sécurité nationale.
Les organisations de défense des droits humains signalent qu’une part importante de ces condamnations a été prononcée par des tribunaux militaires. Elles dénoncent également des procédures parfois expéditives, un accès insuffisant à la défense et des difficultés de recours pour les personnes les plus vulnérables.
Ces critiques interviennent dans un contexte de conflit armé à l’est du pays, de lutte contre les groupes armés et de durcissement sécuritaire.
Le rapport indique aussi qu’environ 1 000 personnes condamnées à mort ont été recensées dans 19 établissements visités, contre environ 510 lors d’une mission précédente en 2019. Certaines estimations avancent un total national supérieur à 1 450 détenus sous le coup de la peine capitale.
Pour les partisans de la fermeté, la peine de mort constitue un instrument dissuasif face au terrorisme, à la criminalité armée et aux atteintes à la sûreté de l’État. À l’inverse, les abolitionnistes estiment qu’elle renforce les risques d’erreurs judiciaires et fragilise les garanties fondamentales.
Au-delà des chiffres, cette hausse marque un tournant dans la politique pénale congolaise. Elle pose la question de l’équilibre entre impératif sécuritaire, efficacité judiciaire et respect des droits humains dans un pays confronté à des crises multiples.




























