L’expert du football espagnol Guillem Balague était présent mardi à l’Estadio da Luz de Lisbonne lorsque le match de barrage de Ligue des Champions entre le Real Madrid et Benfica a été interrompu pendant dix minutes suite aux accusations de racisme portées par Vinicius Jr.
Il s’agit de la vingtième fois que Vinicius affirme avoir été victime d’insultes racistes en huit ans au Real Madrid.
Balague livre ici son analyse et explique comment l’attaquant de 25 ans est devenu un symbole mondial de la lutte contre les discriminations.
Le football aurait dû célébrer un chef-d’œuvre hier soir : le but exceptionnel de Vinicius, digne de faire la une de tous les journaux.
Au lieu de cela, une fois de plus, le sport s’est enfoncé dans le même bourbier dont il semble incapable de sortir : accusations de racisme, démentis, excuses et une incompréhension sidérante de la part de ceux qui devraient être mieux informés.
Vinicius a déjà vécu cela à maintes reprises. En effet, il a désormais été confronté à vingt incidents d’insultes racistes présumées.
La dernière accusation en date porte sur des insultes racistes proférées par le milieu de terrain argentin de Benfica, Gianluca Prestianni, à l’encontre de Vinicius quelques minutes après son but exceptionnel.
Prestianni nie les faits. Vinicius a reçu le soutien indéfectible de plusieurs de ses coéquipiers, notamment Kylian Mbappé, qui a déclaré aux médias avoir entendu une insulte raciste à cinq reprises.
Après le match, l’entraîneur de Benfica, José Mourinho, a de fait reproché au joueur d’avoir provoqué l’incident.
« Ces joueurs talentueux sont capables de réaliser de si belles choses, mais malheureusement, il n’était pas simplement heureux d’avoir marqué ce but extraordinaire », a-t-il déclaré à Amazon Prime Video Sport. « Quand on marque un but comme celui-là, on le célèbre avec respect. »
Il a ensuite affirmé que Benfica ne pouvait en aucun cas être un club de football raciste, pour la simple raison que son plus grand joueur de tous les temps, Eusébio, était noir.
Les propos de Mourinho marquent un nouveau point bas, mais ils n’en restent pas moins révélateurs du débat médiatique – particulièrement en Espagne et aujourd’hui clairement au Portugal – qui reste au point mort.
« Oui, on l’insulte, mais il devrait se comporter autrement », semble être le refrain constant.
Comme si l’on pouvait dissocier les deux. Comme s’ils n’étaient pas liés.
Lorsque Vinicius s’en prend aux tribunes, son attitude est perçue comme arrogante et déplacée.
Pourtant, cette réaction proviendrait de la même source que ses protestations contre le racisme : une lutte permanente contre un environnement hostile.
Frantz Fanon écrivait dans son ouvrage influent de 1952, Peau noire, masques blancs : « Le Noir doit lutter deux fois plus pour être accepté comme un homme.»
Peut-être que pour Vinicius, ce fardeau se traduit par de la colère, de la tension et des gestes qui, vus de l’extérieur, paraissent excessifs.
Mais vus de l’intérieur, ils pourraient être interprétés comme un pur instinct de survie.
Lorsque la presse espagnole exige que Vinicius se contente de « jouer et de se taire », elle met en lumière ce que le sociologue américain Eduardo Bonilla-Silva a appelé le « racisme sans racistes » : des cadres culturels qui, sans insulter directement, font porter la responsabilité de la réaction à la personne visée.
Vinicus est devenu un symbole mondial de la résistance contre la discrimination, car il s’efforce d’obtenir des autorités un durcissement de leurs protocoles et de leurs actions.






























