La pression exercée sur les réfugiés burundais en Tanzanie pour accélérer leur retour au pays suscite une vive inquiétude du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Fin novembre 2025, plus de 140 000 ressortissants du Burundi vivaient encore dans des camps tanzaniens, dont jusqu’à 17 000 affirment ne pas pouvoir rentrer sans risquer persécutions ou représailles politiques. Un signal alarmant pour une crise régionale que la communauté internationale considérait, jusqu’ici, en voie de normalisation.
Au cœur des préoccupations : des allégations de mesures coercitives lors du processus de rapatriement depuis la Tanzanie. Selon des témoignages recueillis par l’agence onusienne, des camps auraient été démantelés et certains réfugiés soumis à des mauvais traitements afin de hâter leur départ. Ces pratiques, si elles sont confirmées, constitueraient une violation directe du principe fondamental de non-refoulement, pierre angulaire du droit international des réfugiés.
Parmi les populations les plus exposées figurent des opposants politiques burundais et d’anciens militaires ayant fui les violences et la répression liées à la crise politique ouverte en 2015. Pour ces profils à risque, le retour ne représente pas une simple réinstallation, mais potentiellement une réintégration sous surveillance ou une détention. Le HCR insiste : tout rapatriement doit être volontaire, sûr et digne conditions aujourd’hui contestées par une partie des réfugiés.
Cette situation met sous tension l’accord tripartite signé en 2017 entre le Burundi, la Tanzanie et le HCR, qui encadrait des retours volontaires jugés alors sûrs. Les premières années avaient montré des progrès encourageants, mais la pandémie de Covid-19 a ralenti les opérations, laissant des dizaines de milliers de réfugiés dans un entre-deux prolongé. Huit ans plus tard, l’évolution du contexte sécuritaire et politique burundais reste perçue de manière divergente par les acteurs.
Pour la Tanzanie, pays d’accueil historique mais économiquement sous pression, la présence prolongée de réfugiés pèse sur les ressources locales et l’équilibre social des régions frontalières. Le gouvernement cherche depuis plusieurs années à réduire la population des camps, estimant que les conditions au Burundi permettent désormais un retour. Mais cette lecture sécuritaire et souverainiste se heurte à l’approche humanitaire du HCR, fondée sur l’évaluation individuelle des risques.
Au-delà du cas burundais, l’affaire révèle un durcissement régional des politiques d’asile en Afrique de l’Est. Plusieurs États accueillant de larges populations déplacées adoptent des stratégies de fermeture ou de rapatriement accéléré, face à la fatigue de l’accueil et à la diminution de l’aide internationale. Le risque est celui d’un précédent : normaliser des retours contraints sous couvert de solutions durables.
Pour le HCR, l’enjeu immédiat est de préserver le caractère volontaire des rapatriements et l’accès aux camps, afin d’éviter une crise de protection majeure. Mais à plus long terme, la question demeure : la stabilisation politique du Burundi est-elle suffisamment crédible pour garantir la sécurité de tous ses exilés ? Tant que cette interrogation subsiste, le retour restera pour des milliers de réfugiés moins une solution qu’une menace.






























