Il fut un temps, pas si lointain, où la cybersécurité était perçue en Afrique comme un sujet de pays riches. Un problème de grandes entreprises occidentales et d’États avec des administrations numériques sophistiquées. Ce temps est révolu.
Le Forum africain de la cybersécurité qui s’ouvre ce 30 avril à Dakar arrive dans un contexte où la menace est devenue tangible et répétée. Des systèmes bancaires africains paralysés par des ransomwares. Des données de citoyens volées et revendues. Des infrastructures d’État compromises par des acteurs étatiques ou non étatiques. Des élections perturbées par des campagnes de désinformation coordonnées. L’Afrique numérisée est aussi, désormais, une Afrique exposée.
Le Sénégal est un hôte naturel pour cet événement. Dakar est devenu en quelques années l’un des hubs technologiques les plus dynamiques du continent, avec un écosystème de start-ups actif, une université solide dans les sciences et technologies, et un gouvernement qui a fait du numérique une priorité de développement. La bibliothèque numérique gratuite lancée par le ministère de l’Éducation, les programmes de formation aux métiers du code, les investissements dans la connectivité rurale : autant de signaux d’un pays qui a compris que le numérique n’est pas un secteur parmi d’autres, mais une infrastructure transversale dont dépend le fonctionnement de tous les autres secteurs.
La Déclaration d’Alger sur l’unification des réseaux africains, signée début avril, est l’arrière-plan politique de ce forum. L’ambition n’est plus seulement de connecter l’Afrique. Elle est de contrôler cette connexion, d’en définir les règles, d’en protéger les données, et d’en partager les bénéfices équitablement entre tous les pays du continent.
Pour la RDC, ce débat est particulièrement pertinent. Le pays vient de signer un partenariat numérique avec les États-Unis et a obtenu 500 millions de dollars de la Banque mondiale pour sa transformation digitale. Mais une transformation numérique mal sécurisée est une vulnérabilité, pas une force. La cybersécurité n’est pas une option supplémentaire qu’on ajoute à la fin du projet. C’est le fondement sans lequel tout le reste est fragile.





























