Elle ne fait pas de bruit. Elle ne filme pas ses victimes, ne publie pas de communiqués, ne porte pas de kalachnikov. Mais elle tue avec une efficacité redoutable, dans les camps surpeuplés, les villages sans eau potable, les familles déplacées qui s’entassent dans des abris de fortune. Elle s’appelle le choléra. Et au Sud-Kivu, elle frappe sans relâche.
En trois mois, plus de 4 600 cas de choléra ont été enregistrés dans la province du Sud-Kivu, avec 67 décès confirmés. Ces chiffres ne représentent qu’une fraction de la réalité, tant les zones les plus reculées restent hors d’atteinte des équipes de surveillance épidémiologique. Pour chaque cas déclaré, combien d’autres meurent sans avoir jamais vu un agent de santé ?
Une épidémie de diarrhée frappe également durement le groupement de Waloa Uroba, à Walikale, au Nord-Kivu. Les structures sanitaires, déjà débordées, souffrent d’un manque critique de médicaments, et la présence de nombreux déplacés intensifie l’urgence.
Le lien entre conflit armé et épidémies de choléra est direct et documenté. Quand les populations fuient les combats, elles abandonnent leurs sources d’eau habituelles pour s’entasser dans des zones sans infrastructure sanitaire. Les latrines débordent, l’eau se contamine, la maladie se propage. C’est un cercle infernal que les humanitaires connaissent par cœur et que les militaires, dans leurs calculs stratégiques, ignorent souvent.
Le gouvernement annonce une légère baisse des cas suspects de choléra à l’échelle nationale, avec 12 décès enregistrés la semaine passée. Mais cette “légère baisse” ne doit pas masquer la réalité structurelle : tant que la guerre durera, tant que les déplacements massifs se poursuivront, le choléra sera là. Comme une ombre discrète, comme un bilan parallèle à celui des combats. Moins visible. Tout aussi meurtrier.
Les organisations humanitaires réclament des couloirs sécurisés pour accéder aux zones les plus touchées, des financements d’urgence pour les kits de traitement, et une coordination renforcée entre acteurs militaires et sanitaires. Des demandes raisonnables, qui se heurtent systématiquement aux logiques de la guerre.





























