Le pire scénario est en train de se réaliser. Quand les premiers cas ont été signalés en Ituri fin avril, les spécialistes espéraient une épidémie localisée, identique à celles que la RDC a gérées une douzaine de fois avec succès. Mais la 17e épidémie d’Ebola sur le sol congolais ne ressemble à aucune autre. Elle se propage à une vitesse que les structures sanitaires de l’Est ne peuvent pas absorber.
Partie de Mongbwalu, dans le nord de l’Ituri, la fièvre hémorragique a infecté plus de 600 personnes en l’espace d’une semaine, touchant désormais le Nord-Kivu, Goma, Bunia, Butembo et le Sud-Kivu.
Le 22 mai, l’OMS a élevé le niveau de risque d’Ebola en RDC à “très élevé”, tandis que le risque régional restait “élevé”.
Cette épidémie est causée par le virus Bundibugyo, une espèce du virus Ebola pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement homologué. C’est là le différentiel radical avec les épidémies précédentes, notamment celle de 2018 au Kivu, qui avait pu être contrôlée grâce au vaccin rVSV-ZEBOV. Cette fois, les équipes sanitaires travaillent à mains nues, avec pour seules armes la détection précoce, l’isolement des malades, les équipements de protection individuelle et la mobilisation communautaire.
Selon le Dr Jean-Jacques Muyembe, il reconnaît des failles dans le système de surveillance épidémiologique qui ont retardé la détection des premiers cas groupés. Ce retard a eu des conséquences : des personnes infectées ont voyagé, participé à des enterrements, traversé des frontières. Un cas confirmé est apparu à Bukavu au Sud-Kivu chez un patient qui avait voyagé depuis Kisangani. Un ressortissant congolais est mort en Ouganda. L’OMS avait été alertée le 5 mai seulement, alors que le premier cas connu avait développé des symptômes le 24 avril.
Ce qui rend cette épidémie particulièrement périlleuse, c’est la géographie dans laquelle elle évolue. L’Ituri est une région minière avec d’intenses mouvements de population liés à l’activité minière. L’accès à certaines parties de la province est difficile pour des raisons sécuritaires. Goma est une ville densément peuplée, située à proximité immédiate de la frontière rwandaise.
Pour les Congolais de l’Est, qui vivent déjà sous la pression des conflits armés, des déplacements de population et de l’insécurité alimentaire, Ebola représente une charge supplémentaire insupportable. Les agents de santé, qui travaillent sans protection suffisante, témoignent d’une détresse profonde. Des soignants sont morts. Des familles refusent l’isolement par peur de ne jamais revoir les leurs.
L’appel de la RDC à la communauté internationale est urgent. Des fonds, des équipements, des chercheurs capables d’accélérer le développement d’un traitement contre la souche Bundibugyo : voilà ce dont Bunia, Goma et Bukavu ont besoin.





























