L’accès à une énergie fiable, durable et financièrement abordable s’impose aujourd’hui comme l’un des principaux défis du développement africain. Bien au-delà de l’électrification des ménages, il constitue une condition indispensable à l’industrialisation du continent, à la transformation locale de ses ressources naturelles et à la création d’emplois à forte valeur ajoutée.
Riche d’un potentiel exceptionnel en énergie solaire, hydroélectrique, gazière et minière, l’Afrique dispose des atouts nécessaires pour bâtir un modèle de croissance plus autonome. L’objectif est de développer des chaînes de valeur régionales capables de transformer les matières premières sur le continent plutôt que de les exporter à l’état brut.
Cette dynamique est déjà portée par plusieurs projets structurants, notamment ceux de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG), du Pool énergétique ouest-africain (WAPP) ainsi que par le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim, développé entre le Sénégal et la Mauritanie.
« Aucun pays n’a jamais connu l’industrialisation sans disposer d’une énergie abordable et fiable. Et aucun continent ne peut atteindre la prospérité si des millions de citoyens n’ont toujours pas accès à l’électricité et à des solutions de cuisson propres. Nous devons accélérer l’accès universel à l’énergie tout en construisant des systèmes énergétiques capables de soutenir la croissance industrielle. »
Abdourahmane Diouf, ministre de l’Énergie et du Pétrole du Sénégal
Malgré ce potentiel considérable, le déficit énergétique demeure l’un des principaux freins au développement du continent. Environ 600 millions d’Africains vivent encore sans accès à l’électricité, limitant les perspectives de croissance industrielle, d’innovation et de création d’emplois.
Pour atteindre l’objectif fixé de 300 gigawatts (GW) de capacité électrique installée d’ici 2030, l’Afrique devra accroître considérablement ses investissements. Les estimations évoquent la nécessité de produire 50 térawattheures (TWh) supplémentaires chaque année, d’installer entre 30 et 35 GW de nouvelles capacités de production par an et de mobiliser 15 à 30 milliards de dollars d’investissements annuels.
Dans cette stratégie, l’énergie solaire apparaît comme l’un des principaux moteurs de la transition énergétique africaine. Avec près de 60 % du potentiel solaire mondial, le continent dispose d’un avantage comparatif majeur, appelé à être complété par le développement de l’hydroélectricité, du gaz naturel et des réseaux électriques régionaux.
« Imaginez une industrie sidérurgique africaine alimentée par l’énergie africaine et les ressources africaines. Imaginez des usines d’engrais fonctionnant grâce au gaz africain. Une industrie manufacturière plus performante soutenue par les minerais critiques africains. Des centres de données alimentés par l’électricité africaine. Des industries vertes créatrices d’emplois africains. »
Abdourahmane Diouf
Le secteur privé participe également à cette transformation. En Angola, l’entreprise Sun Africa développe une centrale solaire de 400 MW, associée à un complexe hydroélectrique de 2 GW, tout en déployant des solutions énergétiques décentralisées. L’entreprise mène également des projets en République démocratique du Congo, au Nigeria, en Tanzanie et au Lesotho.
« Si l’Afrique transforme elle-même son lithium, son cobalt et son cuivre au lieu d’exporter des minerais bruts et de réimporter les produits finis, l’énergie, l’exploitation minière et l’industrie ne sont pas trois sujets distincts : ils ne forment qu’un seul et même enjeu. L’électricité est une condition préalable à tout cela. Une électricité bien planifiée et implantée à proximité des villes, des zones industrielles et des sites miniers peut être déployée rapidement. »
Goran Rajsic, président de Sun Africa
Parallèlement, des initiatives continentales comme Mission 300, qui vise à raccorder 300 millions de personnes à l’électricité d’ici 2030, traduisent la volonté des gouvernements africains et de leurs partenaires d’accélérer l’accès universel à l’énergie.
Pour les décideurs comme pour les investisseurs, une conclusion s’impose : l’énergie est devenue le socle de la transformation économique de l’Afrique. En développant des infrastructures modernes et en valorisant ses ressources énergétiques, le continent pourra renforcer sa souveraineté industrielle, attirer davantage d’investissements et créer les conditions d’une croissance durable, inclusive et créatrice d’emplois.




























