Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont signé la semaine dernière à Niamey l’acte de création d’une compagnie aérienne commune de l’Alliance des États du Sahel. Ce projet, dont on a entendu parler pour la première fois il y a plusieurs mois, devient donc une réalité juridique, même si son déploiement opérationnel reste à construire entièrement.
Ce projet illustre l’ambition de souveraineté régionale que les trois juntes ont érigée en doctrine politique : se passer des infrastructures et des services que les pays occidentaux ou leurs partenaires habituels fournissaient jusqu’ici, et construire des alternatives africaines. Une compagnie aérienne commune permettrait théoriquement de relier les capitales de l’AES sans transiter par des hubs extérieurs comme Casablanca, Paris ou Addis-Abeba, réduisant à la fois les coûts et la dépendance logistique.
Mais le timing de cette signature est tout sauf anodin. Elle intervient une semaine après les attaques coordonnées du 25 avril au Mali, qui ont touché sept villes simultanément, coûté la vie au ministre malien de la Défense et conduit à la chute de Kidal aux mains de la coalition JNIM-FLA. Créer une compagnie aérienne quand les aéroports de votre pays viennent d’être ciblés par des attaques terroristes relève d’un défi logistique et sécuritaire considérable.
La question NTIC se pose aussi pour cette compagnie naissante. Les systèmes de réservation, de gestion des vols, de suivi des bagages, de maintenance préventive des aéronefs : tout cela repose sur des infrastructures numériques sophistiquées que les trois pays de l’AES devront soit construire eux-mêmes, soit acquérir auprès de partenaires technologiques. Dans l’état actuel de leurs capacités numériques, le défi est immense.
La souveraineté ne se proclame pas seulement. Elle se construit, brick by brick, dans des conditions souvent adverses. La compagnie aérienne de l’AES est une promesse. Pour devenir une réalité, elle devra voler dans des cieux qui sont loin d’être apaisés.






























