Il y a des missions diplomatiques qui se font dans le silence des protocoles et n’en sont pas moins décisives. Les 16 et 17 avril 2026, Guy Kabombo Muandiamvita, vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale de la RDC, s’est rendu à Paris avec un message clair : la coopération militaire franco-congolaise, vieille d’un demi-siècle, doit être modernisée, approfondie, et surtout plus orientée vers des résultats concrets sur le terrain.
Lors d’un entretien avec Jean-Michel Jacques, président de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale française, Kabombo a directement porté la voix de la RDC. Le ministre s’est ensuite rendu à l’École militaire, où il a encouragé les stagiaires congolais, leur assurant le soutien de leur gouvernement. La tournée s’est poursuivie à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), le cerveau stratégique du ministère français des Armées, où des experts des deux pays ont échangé sur des sujets techniques cruciaux : l’armée de terre, les liaisons avec les missions étrangères, les procédures d’accréditation.
Avec son homologue française, la ministre des Armées Catherine Vautrin, Guy Kabombo a exprimé un souhait commun : voir les FARDC “monter en puissance” pour répondre durablement aux défis sécuritaires. Le ministre congolais a rappelé l’ancrage historique de cette coopération, nouée par un accord général en mai 1974, tout en insistant sur la nécessité de moderniser ce cadre juridique devenu, en cinquante ans, quelque peu obsolète. De son côté, la France a réaffirmé sa disponibilité à accompagner les efforts de professionnalisation des forces congolaises.
Ce voyage à Paris dit quelque chose sur la stratégie de Kinshasa. Face à l’impasse sécuritaire dans l’Est, face aux tergiversations des processus de paix, la RDC cherche à diversifier ses appuis militaires et diplomatiques. Les États-Unis ont signé un partenariat stratégique. Le Conseil de sécurité de l’ONU a exigé le retrait du M23. La France est sollicitée pour renforcer la capacité opérationnelle des FARDC.
Cette visite, deux ans après celle du président Félix Tshisekedi, vise manifestement à renforcer les liens interarmées et à capitaliser sur la formation des cadres militaires, pilier essentiel d’une professionnalisation dont les FARDC ont un besoin urgent.
La vraie question est celle de la concrétisation. La France a répondu positivement au discours, mais les arbitrages budgétaires et politiques à Paris seront décisifs. Dans un contexte où Paris a déjà perdu du terrain dans plusieurs pays africains; Mali, Burkina Faso, Niger, la RDC représente l’un des derniers bastions où une coopération militaire franco-africaine peut encore prouver sa valeur. Les prochains mois diront si cette diplomatie de défense active de Kabombo aura produit des résultats mesurables sur le terrain.




























