Alors que le Mali traverse le mois sacré du Ramadan sous une chaleur accablante, la capitale Bamako s’enfonce dans une crise multidimensionnelle. Entre pénurie de gazole et délestage électrique généralisé, le quotidien des Maliens est devenu un exercice de survie. En réservant le peu de carburant disponible aux centrales thermiques, les autorités militaires tentent de maintenir l’éclairage, mais au prix d’une paralysie progressive de l’économie réelle.
Le constat dressé par le groupement des pétroliers maliens ce 10 mars 2026 est sans appel : le gazole est devenu une denrée de souveraineté. Victime d’un blocus jihadiste qui étrangle les principaux axes d’approvisionnement depuis plusieurs mois, le Mali ne reçoit plus que des miettes de son besoin énergétique national. Face à l’urgence, l’État a tranché : la priorité absolue est donnée à la société Énergie du Mali (EDM-SA). Pour éviter le “black-out” total des centrales thermiques, les pompes des stations-service sont restées à sec pour le reste de la population.
Si l’essence reste disponible pour les motos et les véhicules légers, la disparition du gazole frappe le cœur de l’économie de subsistance et du BTP. Les camions de transport de matériaux, essentiels à une ville en pleine expansion comme Bamako, sont désormais immobilisés. « Les camions sont à sec », déplore l’Association des exploitants de sable. Cette paralysie entraîne une réaction en chaîne : chantiers suspendus, ouvriers au chômage technique et hausse des coûts de construction. C’est tout un pan de l’activité informelle qui s’effondre, aggravant la précarité en pleine période de consommation accrue.
La crise prend une tournure sociale explosive sur les réseaux sociaux. Pour les Bamakois, le cumul de la canicule et du Ramadan rend les coupures d’électricité insupportables. Sans gazole pour les groupes électrogènes privés et avec des centrales publiques rationnées, la conservation des aliments et le simple confort nocturne sont devenus des luxes. Malgré les promesses d’amélioration constatées en décembre dernier, le retour brutal des pénuries fragilise le contrat social entre la population et les autorités de transition.
Cette pénurie n’est pas le fruit d’une simple mauvaise gestion, mais la conséquence directe d’une stratégie de harcèlement des groupes armés terroristes (GAT). En ciblant les convois logistiques, les jihadistes ne visent pas seulement l’armée, ils visent le moral des populations urbaines. En asséchant Bamako, ils démontrent leur capacité à perturber le cœur du pouvoir, obligeant l’État à des arbitrages douloureux entre “faire rouler les camions” ou “maintenir l’éclairage”.
L’appel au secours des Maliens est clair, mais les solutions sont étroites. La dépendance aux centrales thermiques gourmandes en combustible est le talon d’Achille de la capitale. Tant que la sécurisation des corridors d’approvisionnement (notamment depuis les ports d’Abidjan ou de Dakar) ne sera pas garantie de manière pérenne, Bamako restera à la merci du moindre camion intercepté.
En ce 12 mars 2026, la capitale malienne retient son souffle. Si la priorité donnée à l’EDM-SA permet de sauver quelques heures de lumière par jour, le blocage des transports routiers pourrait, à terme, provoquer une crise d’approvisionnement alimentaire bien plus grave. Le gazole n’est plus seulement un carburant ; il est devenu le thermomètre de la résilience du Mali face à l’étau jihadiste.





























