Goma vit sous deux lois simultanées et contradictoires. Le couvre-feu imposé par l’AFC-M23, qui transforme la nuit en prison à ciel ouvert. Et la loi des recrutements forcés, qui font que même l’intérieur des maisons n’offre plus de protection.
À Goma, depuis l’imposition d’un couvre-feu, des hommes sont enlevés par des rebelles suspectés d’appartenir au M23 dans le quartier Mapendo. Ces recrutements forcés surviennent alors même que des pourparlers sont en cours. Les autorités locales gardent un silence inquiétant, tandis que les familles vivent dans l’angoisse.
Les témoignages qui parviennent à filtrer de Goma sont glaçants. Des épouses qui se réveillent seules dans leurs lits. Des mères qui cherchent leurs fils pendant des jours. Des hommes qui reviennent avec des uniformes qu’ils n’ont pas choisi d’enfiler. Ces recrutements forcés constituent, selon le droit international humanitaire, un crime de guerre. Ils sont documentés, répétés, et ils continuent.
Après deux jours de bombardements attribués à l’AFC/M23 à Bubolwa et Kasumba au Nord-Kivu, une accalmie fragile s’est installée. Si les activités reprennent timidement, la population vit dans la peur permanente d’une reprise des violences.
Ce qui est particulièrement cynique dans cette situation, c’est le timing. Des pourparlers sont en cours à Montreux, en Suisse. Des diplomates signent des textes. Des communiqués parlent de “cessez-le-feu” et de “désescalade”. Et dans le même temps, à Mapendo, un quartier de Goma, des hommes sont emmenés de force la nuit.
Ces recrutements forcés s’ajoutent au bilan documenté : en 2025, plus de 81 000 viols ont été commis dans l’est de la RDC selon les Nations Unies, soit une augmentation de 31,5 % par rapport à la même période en 2024. Ces chiffres et ces témoignages posent une question simple : que valent les accords signés dans des hôtels suisses si, la nuit même de leur signature, des gens sont kidnappés dans leurs quartiers ?



























