Il faut parfois aller au Bénin pour voir ce que devrait être la démocratie africaine. Hier encore au sens propre comme au sens figuré, Patrice Talon a accompli ce que peu de présidents africains ont su faire : il a tenu sa promesse constitutionnelle. Il n’a pas brigué un troisième mandat. Il n’a pas modifié la Constitution pour se maintenir. Il a organisé une élection libre et il attend que les Béninois désignent son successeur.
La présidentielle béninoise du 12 avril est entrée dans sa dernière ligne droite avec plusieurs candidats en lice représentant des profils très différents : des technocrates proches du pouvoir sortant, des figures de l’opposition revenue dans le jeu institutionnel après des années d’exil, et des indépendants porteurs d’un discours de rupture.
Dans une Afrique de l’Ouest qui a vu défiler les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger ces dernières années, le Bénin est un contre-exemple saisissant. Ce qui le protège n’est pas la prospérité économique, le Bénin reste un pays à revenus modestes. Ce n’est pas l’absence de tensions sociales, elles existent. C’est une culture politique qui, malgré tous ses défauts, a intégré le principe que le pouvoir doit se transférer pacifiquement.
Le scrutin d’hier était aussi un test pour la démocratie béninoise après plusieurs années de crispation : boycotts de l’opposition aux scrutins précédents, tensions sur la liberté de la presse, questions sur l’indépendance de la justice. Si l’alternance se confirme et si elle se déroule dans la transparence, le Bénin retrouvera une légitimité internationale précieuse.
Pour le reste du continent, le message est simple : l’alternance pacifique est possible. Elle demande du courage de la part des dirigeants, de la vigilance de la part des citoyens, et des institutions suffisamment solides pour arbitrer les désaccords sans recourir aux armes. Un modèle modeste, mais réel. Et infiniment précieux.




























