Dans un pays dont le sous-sol contient plus de 70 % des réserves mondiales de cobalt, des quantités colossales de lithium, de tantale et de coltan, la question de la maîtrise de ces ressources n’est pas académique. Elle est existentielle. Et ce lundi 13 avril, le gouvernement congolais a posé un acte qui pourrait bien remodeler durablement les rapports de force entre la RDC et les grandes puissances qui se disputent ses minerais.
Le gouvernement a adopté un décret instituant une réserve nationale des substances minérales stratégiques. Un séisme économique pour la RDC selon les observateurs, qui y voient un changement de paradigme dans la gestion des ressources naturelles du pays.
L’idée est la suivante : l’État congolais se dote d’un stock stratégique de minerais critiques qu’il peut activer ou conserver selon ses intérêts propres, à l’image de ce que font d’autres nations avec leurs réserves pétrolières ou leurs stocks d’or. Cette décision s’inscrit dans un contexte géopolitique précis : les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques pour la transition énergétique et la défense nationale, et ont engagé des négociations directes avec Kinshasa à cet effet.
La diplomatie transactionnelle et l’exploitation des ressources : le cas de la politique américaine en RDC est désormais un sujet de premier plan dans les cercles diplomatiques de Kinshasa. Washington veut le cobalt congolais. Kinshasa le sait, et commence à négocier avec une conscience nouvelle de sa valeur.
Ce décret est une déclaration de souveraineté économique. Mais les avertissements des économistes sont clairs : une telle politique n’a de sens que si elle s’accompagne d’une capacité institutionnelle à gérer cette réserve avec rigueur et transparence. Sinon, elle risque de devenir une nouvelle source d’enrichissement pour quelques-uns, au détriment du plus grand nombre. Le sous-sol congolais a trop longtemps enrichi d’autres que les Congolais. Ce décret est peut-être un premier pas pour corriger cette injustice séculaire. Encore faut-il qu’il soit suivi d’actes.






























