L’idée est simple, universelle, et tellement manquante à Kinshasa. Un numéro de téléphone. Composez, la police arrive. Des dizaines de pays l’ont depuis des décennies. La capitale congolaise, mégapole de 17 millions d’âmes, en est encore au stade du projet.
Le gouvernement accélère le lancement d’un numéro d’urgence pour la police afin de lutter contre les braquages et la criminalité urbaine. Après inspection du centre de commandement, un protocole avec les opérateurs télécoms est en préparation pour améliorer la rapidité d’intervention. Cette mesure vise à rassurer les habitants de Kinshasa face à la flambée des violences.
Le vice-ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani évalue actuellement le projet, dont les contours techniques sont en cours de finalisation. Les discussions avec les opérateurs téléphoniques sont avancées, les procédures d’urgence sont en cours d’élaboration. Sur le papier, ça tient la route.
Mais Kinshasa est une ville où le papier et la réalité se regardent souvent en étrangers. Un numéro d’urgence, ça suppose des véhicules qui démarrent, du carburant dans les réservoirs, des agents formés à répondre sous pression, des commissariats répartis intelligemment dans l’espace urbain. Or les Kinois savent que les commissariats de leurs quartiers manquent souvent du strict minimum. Que certains agents de police sont eux-mêmes impliqués dans des rackets. Que la chaîne de commandement peut être longue et imprévisible.
Il n’y a aucune raison de se moquer du projet. Tout progrès institutionnel, aussi modeste soit-il, mérite d’être accompagné. Mais il mérite aussi d’être regardé avec lucidité. Un numéro d’urgence n’est pas une baguette magique dans une ville où l’insécurité est le produit de décennies de sous-investissement dans les services publics, d’inégalités criantes, de jeunesse sans perspectives et d’un État dont la présence se fait trop souvent attendre. Kinshasa a besoin d’un numéro d’urgence. Et d’à peu près tout ce qui devrait rendre ce numéro inutile.






























