La commémoration du génocide des Tutsis se tient cette semaine au Rwanda, trente-deux ans après les faits. Trente-deux ans. Le temps d’une génération entière née après l’horreur, dans un pays qui a choisi de reconstruire, mais qui n’a jamais vraiment cessé d’être au cœur des tourments de la région des Grands Lacs.
Du 7 au 13 avril 1994, en l’espace de cent jours, environ 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés. Un génocide planifié, exécuté à la machette, sous les yeux d’une communauté internationale qui a regardé ailleurs. Le mot “génocide” lui-même a mis des semaines à être prononcé par les chancelleries occidentales.
Aujourd’hui, le Rwanda pleure ses morts. Mais dans le même temps, quatre mois après la signature d’un accord de paix présenté comme historique, la guerre se poursuit dans l’est de la RDC. Paul Kagame assume une ligne inflexible et renvoie Kinshasa, Washington et la communauté internationale à leurs responsabilités.
Cette dualité, nation victime d’un génocide d’un côté, accusée de soutenir une rébellion armée de l’autre, constitue l’une des équations les plus complexes de la géopolitique africaine contemporaine. Comment commémorer avec crédibilité quand la paix que l’on prône chez soi est contestée chez le voisin ? La question mérite d’être posée, avec respect et sans naïveté.





























