Il y a des vérités que les institutions d’un pays n’aiment pas se dire à voix haute. Ce document, qui circulait jusqu’ici dans les seuls couloirs du Palais du Peuple, est l’une de ces vérités que la RDC ne peut plus se permettre de taire si elle veut réellement gagner la guerre à l’Est.
Après avoir auditionné sept membres du gouvernement, la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale dresse un état des lieux alarmant de l’armée congolaise. Absence de doctrine, logistique dépassée, infiltration d’espions : Jeune Afrique a eu accès à ce document encore confidentiel.
Ces trois mots méritent qu’on s’y arrête un par un. L’absence de doctrine signifie que les FARDC ne disposent pas d’une vision stratégique cohérente et unifiée sur la façon de mener la guerre. Chaque unité, chaque commandant régional peut interpréter différemment ses missions, ses règles d’engagement, ses priorités opérationnelles. Cette incohérence explique en partie pourquoi des offensives prometteuses aboutissent à des repliegements inexplicables.
La logistique dépassée est un euphémisme pour décrire une situation qui, sur le terrain, est parfois catastrophique. Des soldats sans munitions suffisantes. Des véhicules en panne faute de pièces de rechange. Des communications radio qui ne fonctionnent pas dans les zones forestières. Des chaînes d’approvisionnement en vivres et en médicaments dysfonctionnelles. Un soldat mal équipé et mal approvisionné ne peut pas être un soldat efficace, quelle que soit sa bravoure individuelle.
L’infiltration d’espions est peut-être le révélateur le plus troublant. Si des éléments liés au M23 ou à d’autres groupes adverses ont pénétré les rangs des FARDC jusqu’au niveau où ils peuvent obtenir des informations opérationnelles sensibles, cela explique pourquoi certaines opérations militaires semblent connues de l’ennemi avant même leur déclenchement.
Ce rapport est un acte de courage institutionnel. Il dit aux décideurs politiques et militaires ce qu’ils savent mais n’ont pas toujours le courage de reconnaître publiquement. La question maintenant est de savoir si cette lucidité se traduira en réformes réelles, ou si ce document rejoindra les archives d’une institution qui préfère les mots aux actes.






























