Son nom porte une charge historique que peu de candidats à une institution internationale peuvent revendiquer. Juliana Lumumba, fille de Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, assassiné en 1961 dans des circonstances que l’histoire a depuis largement documentées est la candidate officielle de Kinshasa pour diriger l’Organisation internationale de la Francophonie. Le secrétariat général de l’OIF a fait l’objet d’une intense mobilisation diplomatique, Kinshasa activant ses canaux à Bruxelles et Luxembourg pour rassembler des soutiens à cette candidature.
Cette campagne s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large. Une bataille diplomatique oppose la RDC et le Rwanda pour diriger l’OIF, révélant les tensions qui traversent la Francophonie africaine dans un contexte de guerre à l’Est. Que Kigali, dont les forces sont accusées de soutenir le M23 dans le conflit armé contre Kinshasa, soit en lice pour la même institution, donne à ce duel institutionnel une saveur particulièrement amère.
La Francophonie n’est pas qu’un club littéraire. C’est une institution qui pèse dans les équilibres diplomatiques, qui distribue des financements, qui structure des coopérations éducatives et culturelles entre 88 États et gouvernements membres. Son secrétaire général est une voix, parfois modeste mais réelle, dans les grandes négociations mondiales. Pour la RDC, placer Juliana Lumumba à ce poste serait une victoire symbolique forte : récupérer un espace de pouvoir que l’Afrique francophone n’a pas toujours su occuper.
Le choix de la candidature Lumumba est aussi un pari stratégique sur la mémoire et l’identité. Dans une Afrique où les questions de décolonisation et de souveraineté retrouvent une acuité nouvelle, le nom de Lumumba résonne comme un symbole de résistance. Pour les partisans de cette candidature, c’est l’Afrique qui s’affirme, qui reprend son histoire, qui refuse que ses institutions restent l’apanage de candidats consacrés par les capitales européennes.
Pour ses détracteurs, les questions de compétence institutionnelle et d’expérience diplomatique doivent primer sur la valeur symbolique. Un secrétaire général de l’OIF doit naviguer dans des eaux politiques complexes, gérer des budgets, arbitrer des conflits d’intérêts entre États membres. La fille de Lumumba est-elle prête à ce travail de l’ombre ? Kinshasa parie que oui. Le vote des membres de l’OIF tranchera.





























