Au Sénégal, la relation politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko traverse une zone de turbulences. Dans une déclaration remarquée, le chef du gouvernement a laissé entendre que son parti pourrait quitter le pouvoir si la ligne politique du président s’éloignait de la vision défendue par leur formation politique, ravivant les spéculations sur une lutte d’influence au sommet de l’État.
Figure centrale du parti PASTEF, Ousmane Sonko a affirmé que la cohésion de l’exécutif dépendait d’un alignement clair entre la présidence et le projet politique du mouvement. À défaut, prévient-il, son camp n’exclut pas un retour dans l’opposition. « Si le président n’est pas aligné sur son parti (…) nous nous retrouverions dans une situation de partage du pouvoir informel », a-t-il déclaré, suggérant que les divergences pourraient profondément redéfinir l’équilibre institutionnel au sein du régime.
Cette prise de position intervient dans un climat politique tendu. Le pays est confronté à des violences dans plusieurs universités, ainsi qu’à des négociations difficiles avec le Fonds monétaire international (FMI), alors que Dakar tente de sécuriser un nouveau programme financier pour stabiliser son économie. Dans ce contexte, toute fracture au sommet du pouvoir pourrait fragiliser la crédibilité du gouvernement auprès des partenaires internationaux.
L’architecture actuelle du pouvoir sénégalais est elle-même le produit d’une configuration politique singulière. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024 à la suite d’une condamnation judiciaire, Ousmane Sonko avait choisi Bassirou Diomaye Faye — alors peu connu du grand public — comme candidat de substitution. Une fois élu, ce dernier nomma immédiatement Sonko au poste stratégique de Premier ministre, consacrant un duo politique inédit dans l’histoire récente du Sénégal.
Mais depuis plusieurs mois, des signaux de friction apparaissent entre les deux camps. En novembre dernier, les entourages respectifs des deux dirigeants avaient déjà publié des communiqués contradictoires sur la direction de la coalition au pouvoir, révélant des divergences internes sur la gouvernance et la stratégie politique.
Pour les observateurs, l’enjeu dépasse la simple rivalité personnelle. Il s’agit d’un test pour la stabilité institutionnelle du Sénégal, souvent présenté comme l’une des démocraties les plus solides d’Afrique de l’Ouest. Si les tensions s’aggravent, le pays pourrait basculer dans une reconfiguration politique majeure, avec le risque d’un retour à la polarisation qui avait marqué les dernières années du régime précédent.




























