Kinshasa – Un mois après la déclaration officielle de la dix-septième épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, l’inquiétude grandit. L’organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) a lancé, lundi 15 juin, un avertissement sévère : la propagation du virus dépasse désormais les capacités actuelles de la riposte déployée sur le terrain.
« Un mois après la déclaration d’épidémie, la maladie progresse plus rapidement que la réponse », a déclaré Kate White, coordinatrice médicale d’urgence de MSF en RDC, dans un communiqué. Pour l’organisation, les dispositifs mis en place restent insuffisants face à l’accélération de la transmission du virus.
MSF s’inquiète particulièrement de « dangereuses lacunes » qui compromettent les efforts visant à contenir l’épidémie. L’ONG pointe notamment des faiblesses persistantes dans les domaines du diagnostic, de la surveillance épidémiologique, de la recherche des cas contacts et de la sensibilisation des communautés affectées.
« Personne ne connaît l’ampleur réelle de l’épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule », souligne également Kate White. Cette incertitude nourrit les craintes d’une propagation silencieuse dans des régions encore insuffisamment couvertes par les équipes sanitaires.
La République démocratique du Congo avait officiellement déclaré cette nouvelle flambée d’Ebola le 15 mai, la dix-septième enregistrée sur son territoire. Deux jours plus tard, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, déclenchait une alerte sanitaire internationale afin de mobiliser la communauté internationale autour de cette urgence.
L’épidémie actuelle est provoquée par la souche Bundibugyo, une forme rare du virus Ebola pour laquelle il n’existe, à ce jour, ni vaccin homologué ni traitement spécifiquement approuvé. Cette particularité complique davantage la prise en charge des patients et renforce la nécessité d’une détection rapide des cas.
Dans la province du Nord-Kivu, particulièrement touchée, MSF déplore que seul un laboratoire soit actuellement en mesure d’analyser les échantillons sanguins, entraînant des délais de plusieurs jours avant la confirmation des diagnostics. Un retard critique dans une maladie où chaque heure compte pour interrompre les chaînes de transmission.
Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé, fondées sur les chiffres communiqués par les autorités congolaises, 782 cas ont été recensés, dont 181 décès. Toutefois, MSF estime que ces statistiques officielles « ne reflètent probablement qu’une partie de la réalité », laissant craindre une crise sanitaire d’une ampleur plus importante que celle actuellement documentée.
Alors que les partenaires internationaux intensifient progressivement leur soutien, les acteurs humanitaires appellent à une accélération immédiate de la riposte. Pour eux, sans renforcement rapide des capacités de diagnostic, de surveillance et d’engagement communautaire, la RDC risque de voir cette nouvelle épidémie d’Ebola échapper au contrôle des autorités sanitaires.
Plus qu’une urgence médicale, cette crise constitue désormais un test majeur pour la résilience du système de santé congolais et pour la capacité de la communauté internationale à agir avec rapidité face à une menace épidémique aux conséquences potentiellement dévastatrices.




























