Genève – Le Sahel traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire récente. Devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé, lundi, une mise en garde sans équivoque : la région est arrivée à un « dangereux point de basculement », sous l’effet d’une intensification des violences perpétrées par des groupes extrémistes armés.
S’exprimant à l’ouverture de la 62e session du Conseil des droits de l’homme à Genève, le responsable onusien a décrit une situation alarmante où les populations civiles paient le plus lourd tribut d’une insécurité persistante et en constante mutation.
Au Mali, des groupes armés extrémistes ont mené, au cours du mois d’avril, des offensives coordonnées contre plusieurs villes et localités, provoquant de nombreuses pertes civiles. Depuis 2012, le pays est confronté à une crise sécuritaire complexe impliquant des groupes jihadistes affiliés à des organisations transnationales, des mouvements indépendantistes et des réseaux criminels locaux.
Après plusieurs années de coopération militaire avec la France, les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta ont profondément réorienté leur stratégie sécuritaire. Bamako s’est rapproché de la Russie et a renforcé sa collaboration avec Africa Corps, structure ayant succédé au groupe paramilitaire Wagner sur le continent africain.
Le Burkina Faso apparaît également comme l’un des principaux foyers d’inquiétude. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, à la suite du coup d’État de septembre 2022, les attaques jihadistes continuent de se multiplier. Enlèvements, assassinats ciblés et menaces récurrentes contre les civils entretiennent un climat de peur dans plusieurs régions du pays.
Au Niger, où les militaires ont pris le pouvoir en juillet 2023, la dynamique sécuritaire reste tout aussi préoccupante. Les violences attribuées aux groupes extrémistes se sont intensifiées, compliquant davantage les efforts de stabilisation engagés par les nouvelles autorités.
Volker Türk a également attiré l’attention sur l’essor de groupes dits d’autodéfense dans plusieurs États du Sahel. Selon lui, leur prolifération fait peser un risque accru d’exactions, de représailles et de violences intercommunautaires susceptibles d’alimenter davantage le cycle de l’instabilité.
Le Haut-Commissaire a par ailleurs regretté le manque de poursuites judiciaires concernant certaines violations présumées des droits humains impliquant des forces de sécurité nationales, rappelant que la lutte contre le terrorisme ne saurait s’affranchir du respect du droit international humanitaire.
Cette dégradation intervient dans un contexte géopolitique marqué par le retrait progressif de plusieurs partenaires occidentaux, la recomposition des alliances sécuritaires et la remise en question des mécanismes régionaux de coopération.
Alors que des millions de personnes demeurent exposées aux déplacements forcés, à l’insécurité alimentaire et à la violence armée, l’ONU appelle à une réponse globale associant sécurité, justice, gouvernance et développement. Pour Volker Türk, sans action concertée et respectueuse des droits fondamentaux, le Sahel pourrait s’enfoncer davantage dans une crise aux conséquences régionales et internationales majeures.
N.B. : Si plusieurs analyses évoquent des soutiens extérieurs aux groupes armés opérant au Sahel, ces allégations demeurent sujettes à controverse et nécessitent des preuves indépendantes et dûment établies. À ce stade, les Nations unies n’ont pas officiellement attribué le financement de ces groupes à un État en particulier.




























