Le mot référendum a toujours une résonance particulière dans les démocraties africaines. Il peut désigner une consultation populaire sincère sur un enjeu de société. Il peut aussi être l’instrument par lequel un président prolonge indéfiniment son règne sous couverture de légitimité populaire. À Kinshasa, ce 3 mai 2026, la question de savoir dans quelle catégorie se range le projet congolais est précisément ce qui divise profondément la classe politique.
L’Assemblée nationale a déclaré recevable la proposition de loi sur l’organisation du référendum. L’opposition critique cette recevabilité dans un contexte d’accentuation du débat constitutionnel.
Delly Sessanga, figure de l’opposition, a lancé une alerte sur ce qu’il qualifie de “dérive constitutionnelle” autour de la loi sur le référendum. Ce constitutionnaliste et parlementaire de premier plan n’est pas le seul à s’alarmer. Des voix s’élèvent dans la société civile, chez des juristes, dans certains partis alliés de la majorité, pour rappeler que la Constitution congolaise de 2006 interdit expressément la révision des dispositions relatives à la limitation du nombre de mandats présidentiels.
L’archevêque Evariste Ejiba Yamapia a lui-même pris position, plaidant pour une révision de la Constitution mais en insistant sur la nécessité que ce processus soit “inclusif, transparent et respectueux de l’État de droit”. Cette précision n’est pas anodine venant d’un dignitaire religieux : elle dit que même ceux qui ne sont pas opposés à une révision constitutionnelle en principe refusent qu’elle soit menée de façon précipitée ou opaque.
Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme, a exprimé un “climat de peur et d’inquiétudes” autour du débat sur un éventuel troisième mandat. Cette atmosphère, qu’il décrit avec précision, est celle d’une classe politique qui parle à voix basse en coulisses de ce qu’elle n’ose pas toujours dire à la tribune.
Le calendrier est lui-même éloquent. Ces débats constitutionnels émergent alors que la RDC gère simultanément la guerre à l’Est, les sanctions contre Kabila, les négociations de paix à Montreux, le partenariat américain et les préparatifs du Mondial. Dans ce contexte, ouvrir un front constitutionnel intérieur paraît à beaucoup un luxe que le pays ne peut pas se payer.






























