La Journée nationale de l’Enseignement est célébrée le 30 avril en République démocratique du Congo, sous le thème “Financement durable et la transformation du secteur”. Les discours officiels résonneront. Des gerbes de fleurs seront déposées. Des enseignants méritants seront décorés. Et demain, ces mêmes enseignants retourneront dans des classes surchargées, sans manuels scolaires suffisants, pour un salaire que la Banque mondiale qualifie d’indigne et que les intéressés décrivent, avec une ironie amère, comme “un compliment mensuel”.
Dans plusieurs provinces, les enseignants travaillent dans des conditions précaires : salaires faibles souvent entre 100 et 145 dollars par mois, retards de paiement et manque de moyens. À cela s’ajoutent des classes surchargées, le manque de bancs et de manuels, ainsi que des infrastructures parfois inadaptées. Malgré ces difficultés, ils continuent d’assurer leur mission avec engagement.
Cent quarante-cinq dollars par mois. C’est le salaire maximum de nombreux enseignants dans un pays où un loyer décent à Kinshasa dépasse souvent les cent dollars. Un enseignant qui rentre chez lui après une journée de travail avec 45 dollars pour vivre, nourrir sa famille, payer ses enfants à l’école : cette réalité arithmétique devrait faire honte à n’importe quel système qui prétend valoriser l’éducation.
Le thème de cette édition, “Financement durable et transformation du secteur”, est le bon sujet. L’éducation en RDC souffre précisément d’un financement chroniquement insuffisant, fragmenté entre l’État, les partenaires internationaux, les frais payés par les familles, et les “motivations” informelles. Cette architecture financière baroque produit des résultats prévisibles : inégalité d’accès, qualité variable selon les zones, et démotivation croissante des enseignants les mieux formés qui finissent par quitter le secteur public pour le privé ou l’étranger.
Ce que le Congo doit aux millions d’enfants qui entrent chaque matin dans ses salles de classe, c’est un système éducatif qui mérite vraiment ce nom. Pas des commémorations annuelles. Pas des décrets sur les cahiers à couverture rigide. Une vraie politique de rémunération, de formation continue et d’infrastructure. C’est ce que le thème de cette journée promet. C’est ce que les enseignants attendent depuis trop longtemps.





























