« Lorsque je suis tombée enceinte, je ne savais pas comment expliquer mes douleurs à l’infirmière. » Ce témoignage de Marie, une femme sourde de Kinshasa, dit en une phrase ce que des années de plaidoyers n’ont pas réussi à changer : dans les centres de santé de la capitale congolaise, être sourde, c’est être invisible.
À Kinshasa, le projet “Biso pe tozali”, “Nous aussi, nous existons” en lingala entend briser ce mur du silence. Lancé le 25 mars 2026, ce programme de dix-huit mois vise à garantir aux femmes sourdes l’accès à la santé sexuelle et reproductive. Porté par le Centre de Production des Programmes et Supports de Sensibilisation des Sourds, en partenariat avec l’Association nationale des sourds du Congo et l’Association des femmes sourdes du Congo, il repose sur une approche communautaire inédite.
Le projet prévoit plusieurs axes concrets : un plan de plaidoyer pour identifier les obstacles institutionnels et sociaux, une campagne médiatique avec des formations pour les journalistes, des ateliers de renforcement des capacités, et des sensibilisations via le théâtre en langue des signes. “Il ne s’agit plus de nous inviter à une activité, puis de nous oublier le lendemain. Nous devons être actrices de notre propre santé”, insiste une représentante des femmes sourdes.
Dans un pays où le système de santé est déjà sous pression pour l’ensemble de la population, les personnes handicapées constituent une couche encore plus vulnérable. Les femmes sourdes se retrouvent à l’intersection de deux discriminations, le genre et le handicap.
Ce que “Biso pe tozali” apporte de nouveau, c’est l’approche. Il ne s’agit pas d’un programme imposé de l’extérieur, mais d’une initiative portée par les concernées elles-mêmes, avec leurs organisations. C’est cela qui fait la différence entre l’aide et l’émancipation. Kinshasa compte plusieurs milliers de personnes sourdes. Le fait que ce projet ose dire “nous aussi nous existons” est en lui-même un acte politique.




























