Ce jeudi 24 avril, l’administration provinciale de Kinshasa ressemble à une ville fantôme. Les guichets sont fermés. Les actes d’état civil ne sont plus délivrés. Les services sociaux sont à l’arrêt.
Les agents publics ont entamé une grève illimitée pour réclamer 13 à 15 mois de salaires impayés. Après l’échec des discussions, les travailleurs dénoncent la mauvaise foi des autorités provinciales. Les services sociaux, les guichets, les actes administratifs : tout est paralysé.
Cette grogne sociale pourrait s’étendre si aucune solution urgente n’est trouvée, avertissent les délégués syndicaux, qui affirment que leurs membres n’ont d’autre choix que de cesser le travail pour nourrir leurs familles.
Treize à quinze mois. C’est-à-dire que des fonctionnaires provinciaux travaillent depuis plus d’un an sans recevoir un seul franc congolais de leur employeur. Comment payent-ils leur loyer ? Comment nourrissent-ils leurs enfants ? La réponse, quand on la connaît, est poignante : ils survivent grâce à la débrouillardise informelle, aux petits services rendus aux citoyens qu’ils sont censés servir gratuitement, et parfois à la corruption systémique que les arriérés de salaires alimentent mécaniquement.
Cette situation révèle un paradoxe accablant. La RDC vient d’émettre avec succès 1,25 milliard de dollars d’eurobonds. La Première ministre Suminwa négocie des partenariats à Washington. Le président Tshisekedi signe des accords stratégiques. Et pendant ce temps, les agents publics de la capitale de ce même État attendent leurs salaires depuis plus d’un an.
Le budget de l’État congolais est un puzzle dont certaines pièces n’atteignent jamais leurs destinations. La réforme de la chaîne de la dépense publique reste l’un des défis les plus urgents que les partenaires internationaux posent systématiquement à Kinshasa. Les fonctionnaires en grève, eux, n’ont pas besoin d’un rapport du FMI pour comprendre le problème. Ils le vivent.




























