Le mouvement rebelle AFC/M23, que plusieurs rapports accusent d’être soutenu par le Rwanda, aurait progressivement installé un système économique parallèle dans les territoires sous son contrôle, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Selon les informations rapportées, cette économie de guerre reposerait principalement sur trois piliers : la fiscalité locale, les ressources minières et le commerce transfrontalier. Ces revenus permettraient au mouvement de financer ses activités militaires, de rémunérer ses combattants et de maintenir une administration dans les zones occupées.
La fiscalité locale constituerait l’un des principaux mécanismes de financement de l’AFC/M23. Des taxes seraient prélevées auprès des entreprises, des commerçants, des transporteurs, des marchés, des opérateurs transfrontaliers et des habitants.
Certaines organisations humanitaires seraient également concernées par ces prélèvements, selon les informations disponibles. Dans les zones contrôlées par le mouvement, ces taxes s’appliqueraient à différentes activités économiques et aux marchandises circulant sur les principaux axes.
Ce système permettrait à l’AFC/M23 de générer des revenus réguliers tout en renforçant son contrôle sur la vie économique locale. La fiscalité deviendrait ainsi un instrument à la fois financier, administratif et politique.
Le mouvement aurait également tenté de mettre en place un système financier parallèle, afin de limiter sa dépendance à l’égard du système bancaire formel. Cette structure resterait toutefois confrontée à d’importantes difficultés, dans une économie fragilisée par les combats, les déplacements de populations et la perturbation des échanges.
L’or et le coltan, au cœur des enjeux
Les ressources minières représenteraient une autre source majeure de revenus. L’or et le coltan, très recherchés sur les marchés internationaux, occuperaient une place centrale dans cette économie de guerre.
Les sites miniers et certains axes stratégiques de transport feraient l’objet de prélèvements, de taxes et de mécanismes d’extraction de revenus. Une partie des minerais serait ensuite acheminée clandestinement à travers la frontière vers le Rwanda.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de fortes tensions régionales autour de la traçabilité des minerais provenant de l’est de la RDC. La circulation de ces ressources alimente les inquiétudes sur le financement des groupes armés et sur l’implication présumée d’acteurs régionaux dans leur commercialisation.
Le commerce transfrontalier sous contrôle
Le contrôle des axes commerciaux permettrait également à l’AFC/M23 de tirer profit des échanges entre les territoires qu’il administre de facto et les pays voisins.
Des taxes seraient notamment perçues sur le carburant, les produits agricoles, le bois, le charbon de bois et les produits manufacturés transitant par les zones contrôlées par le mouvement, notamment dans le cadre des échanges avec le Rwanda et l’Ouganda.
Cette maîtrise des flux commerciaux offrirait au groupe une source de revenus supplémentaire. Elle renforcerait également son emprise sur les populations, les commerçants et les transporteurs, contraints de composer avec les règles imposées dans les territoires concernés.
Une économie de guerre confrontée à ses propres limites
Ce système présente toutefois des fragilités. Les combats ont fortement perturbé les activités commerciales, tandis que l’affaiblissement du système bancaire formel complique la circulation des capitaux et le fonctionnement normal de l’économie.
L’AFC/M23 se trouve ainsi face à un paradoxe : le contrôle territorial lui permet de prélever des ressources, mais la guerre contribue en même temps à affaiblir l’économie dont il dépend.
Dans ce contexte, la fiscalité, les minerais et le commerce transfrontalier apparaissent comme des leviers essentiels de financement et de consolidation du pouvoir du mouvement armé. Leur contrôle permettrait à l’AFC/M23 de maintenir ses structures militaires et administratives dans les territoires occupés.
La lutte contre le financement des groupes armés et le renforcement de la traçabilité des ressources naturelles demeurent donc au cœur des efforts visant à mettre fin au conflit dans l’est de la RDC. Pour les acteurs engagés dans la recherche d’une solution durable, assécher les sources de revenus des groupes armés constitue un enjeu aussi important que les réponses militaires et diplomatiques.




























