Près de 45 millions d’Africains, soit environ 3 % de la population du continent, sont actuellement déplacés de force après avoir fui des conflits, des violences ou la répression, selon l’Africa Center for Strategic Studies.
Sept pays concentrent à eux seuls près de 85 % de ces déplacements : le Soudan, la République démocratique du Congo (RDC), la Somalie, le Nigeria, le Burkina Faso, le Soudan du Sud et l’Éthiopie.
Le nombre de personnes déplacées marque une légère baisse par rapport aux plus de 45 millions recensés en 2025. Cette diminution s’expliquerait principalement par le retour d’environ 1,5 million de Soudanais, malgré la poursuite du conflit dans leur pays.
La stabilisation relative du nombre de personnes déplacées constitue un changement notable. Elle rompt avec une tendance observée depuis près d’une décennie, marquée par une augmentation constante des déplacements forcés en Afrique.
À titre de comparaison, le continent comptait 19,9 millions de personnes déplacées de force en 2017. En moins de dix ans, ce chiffre a donc plus que doublé, illustrant l’ampleur des crises sécuritaires et humanitaires qui traversent le continent.
Cette stabilisation ne traduit toutefois pas nécessairement une amélioration durable. Les conflits demeurent le principal facteur de déplacement forcé en Afrique, tandis que les dix premiers pays d’origine des personnes déplacées sont tous confrontés à un conflit armé ou à une crise sécuritaire majeure.
L’Africa Center for Strategic Studies souligne également la longévité des conflits à l’origine de ces déplacements. Les dix principaux pays d’origine des personnes déplacées connaissent tous une situation de conflit depuis au moins huit ans.
Cette durée prolongée favorise l’enracinement des crises humanitaires, la destruction des moyens de subsistance et l’affaiblissement des capacités de retour et de réintégration des populations déplacées.
Dans de nombreux cas, les personnes contraintes de fuir vivent pendant plusieurs années dans des camps, des sites d’accueil ou au sein de communautés déjà fragilisées. Cette situation accroît leur dépendance à l’aide humanitaire et expose les populations les plus vulnérables à de nouveaux risques, notamment les femmes, les enfants et les personnes âgées.
En République démocratique du Congo, particulièrement dans l’Est du pays, les violences armées continuent d’alimenter les déplacements internes et les mouvements de réfugiés vers les pays voisins.
La persistance de l’insécurité, les exactions contre les civils et la fragilité des mécanismes de protection compliquent les perspectives de retour durable. Dans plusieurs zones, les populations déplacées sont contraintes de fuir à plusieurs reprises, au gré de l’évolution des combats et de la progression des groupes armés.
La crise congolaise s’inscrit également dans un environnement régional marqué par la circulation des armes, les tensions transfrontalières et la faiblesse des mécanismes de sécurité collective.
Pour l’Africa Center for Strategic Studies, l’évolution des déplacements forcés en Afrique ne peut être dissociée de la durée et de la complexité des conflits.
La stabilisation récente des chiffres ne signifie donc pas une amélioration durable de la situation. Elle pourrait plutôt traduire un équilibre précaire, dans un contexte humanitaire toujours critique et marqué par des besoins croissants.
Sans règlement politique des conflits, renforcement de la protection des civils et amélioration des conditions de retour, les millions de personnes déplacées risquent de rester durablement privées de leurs foyers et de leurs moyens de subsistance.




























