Les accords signés dans les palaces helvétiques ont parfois du mal à traverser les frontières pour atteindre le terrain. L’accord de Montreux en est la dernière illustration. Un accord signé à Montreux prévoyait, avant le 28 avril, une libération mutuelle de détenus par le gouvernement de la RDC et les rebelles de l’AFC-M23. L’échange n’a pas encore eu lieu. Jeune Afrique s’interroge : quelle partie est de mauvaise foi ?
Cette question mérite une réponse qui ne soit pas que diplomatique. Les processus de paix au Congo ont une longue histoire d’accords signés et non respectés. Les signataires retournent dans leurs zones d’influence respectives, les clauses des accords sont interprétées différemment selon les parties, et les délais passent sans que rien ne se concrétise sur le terrain.
L’accord de Washington, validé par l’Assemblée nationale le 28 avril, constitue le cadre global. Mais un accord global ne vaut que par ses déclinaisons opérationnelles. La libération de prisonniers est l’un des engagements les plus visibles et les plus symboliques de tout processus de paix : elle dit que les belligérants sont prêts à passer de la parole aux actes.
Que cet échange n’ait pas eu lieu au 28 avril ne signifie pas nécessairement qu’il n’aura pas lieu. Mais chaque délai non respecté érode la confiance entre les parties. Et dans un conflit où la méfiance est structurelle, chaque érosion supplémentaire de confiance rend le prochain accord encore plus difficile à construire.
Après deux jours de bombardements attribués à l’AFC-M23 à Bubolwa et Kasumba au Nord-Kivu, une accalmie fragile s’est installée. Si les activités reprennent timidement, la population vit dans la peur permanente d’une reprise des violences. C’est dans ce contexte que l’absence d’échange de prisonniers prend toute sa pesanteur : la paix promise à Montreux reste une promesse suspendue au-dessus d’une population qui continue de compter ses morts.
La commission de suivi se réunit. Les délégués parlent. Les communiqués sont rédigés. Et à Masisi, à Goma, à Minembwe, les gens attendent. Cette attente, répétée depuis des années, à travers des dizaines d’accords et autant de désillusions, finit par ressembler à une condamnation collective. Ce n’en est pas une. Mais pour que ce ne le soit pas, les signataires de Montreux doivent comprendre qu’un accord sans mise en oeuvre n’est qu’un document de plus dans un classeur qui en est plein.






























