Il y a des chiffres qui sonnent comme des coups de poing. Celui-ci en est un. Selon le dernier rapport d’évaluation conjoint de l’Institut national de la statistique et du Programme alimentaire mondial, publié le 29 avril 2026, 77,3 % des foyers congolais vivent en situation d’insécurité alimentaire. Près de 27,7 millions de personnes sont confrontées à une faim aiguë sur l’ensemble du territoire. La crise s’aggrave sous l’effet combiné des conflits persistants, des déplacements massifs de populations, et d’une précarité économique qui ronge les ménages.
Vingt-sept millions sept cent mille personnes. Dans un seul pays. Pour mettre ce chiffre en perspective : c’est la population totale de l’Australie, du Pérou, ou du Venezuela. Toute entière. Qui souffre de la faim. Dans le pays qui possède l’un des sols les plus fertiles du monde, le deuxième réseau hydrographique d’Afrique, et deux saisons agricoles par an.
Ce paradoxe dit la nature profonde de la crise congolaise. Ce n’est pas un problème de ressources. C’est un problème de gouvernance, de sécurité, et d’investissement. Quand les agriculteurs fuient leurs champs à cause des combats, quand les routes rurales sont impraticables, quand les marchés locaux sont coupés des centres de consommation, les récoltes pourrissent ou ne se font pas. La guerre nourrit la faim. La faim nourrit la guerre. Ce cercle vicieux est documenté depuis des décennies.
Derrière chaque pourcentage, il y a des visages, des familles, des enfants qui rêvent d’un repas complet. Cette formulation, tirée des observateurs sur le terrain, est peut-être la plus juste pour sortir les statistiques de leur abstraction froide.
Ce rapport arrive le lendemain du vote par l’Assemblée nationale des accords avec les USA et le Rwanda, présentés comme une avancée vers la paix. La paix, si elle vient, ne se mangera pas le jour où elle sera signée. Il faudra reconstruire des filières agricoles, réhabiliter des routes, former des agriculteurs, financer des semences et des intrants. Ce travail de longue haleine ne peut pas attendre la fin des conflits. Il doit s’engager maintenant, dans les zones où la sécurité le permet, avec l’énergie de ceux qui savent que chaque année perdue est une génération supprimée.






























