Vingt millions d’enfants qui vont à l’école. La phrase, énoncée par la Primature avec une fierté justifiée, dit quelque chose de réel et d’important. La RDC scolarise désormais plus de 20 millions d’enfants grâce à la gratuité de l’enseignement de base, selon la Primature. C’est une transformation sociale majeure, accomplie en quelques années, grâce à l’abolition des frais scolaires dans le primaire public.
Mais ce chiffre a un revers que le communiqué officiel ne mentionne pas avec la même emphase. L’éducation en RDC mobilise près de 800 000 enseignants pour plus de 20 millions d’élèves au primaire. Ce ratio, à première vue convenable, cache des réalités territoriales radicalement différentes. À Kinshasa et dans les grandes villes, les classes débordent parfois de 80 à 100 élèves pour un seul enseignant. Dans les zones rurales reculées, certains villages n’ont pas d’enseignant du tout, ou un seul pour plusieurs niveaux simultanément.
Les enseignants travaillent dans des conditions précaires, avec des salaires faibles souvent entre 100 et 145 dollars par mois, des retards de paiement et un manque de moyens. Les classes sont surchargées, les manuels manquent, les infrastructures sont parfois inadaptées.
La Banque mondiale, qui finance plusieurs projets dans le secteur éducatif congolais, a régulièrement signalé que l’expansion rapide de la scolarisation a été suivie d’une dégradation des apprentissages réels. Des enfants qui vont à l’école mais ne savent pas lire à la fin du primaire. Des jeunes qui ont des diplômes mais pas les compétences que ces diplômes sont supposés attester. Cette expansion s’est accompagnée d’inefficacités et de faibles acquis scolaires, alimentant une crise de l’apprentissage et menaçant la productivité future de l’économie congolaise.
La gratuité a ouvert des portes. Il reste maintenant à remplir ces salles de classe d’un enseignement de qualité, porté par des professionnels dignement rémunérés, équipés, formés en continu et soutenus par des institutions qui les respectent. C’est le chantier du siècle pour la RDC.






























