La sonnette d’alarme est une nouvelle fois tirée. Alors que les tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz menacent de faire flamber les prix alimentaires à l’échelle mondiale, un rapport conjoint des principales institutions africaines et onusiennes met en lumière une crise silencieuse mais persistante : celle du financement de l’agriculture en Afrique.
Porté notamment par la Organisation des Nations unies, la Commission de l’Union africaine, la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la Commission économique pour l’Afrique et le Programme alimentaire mondial, ce document dresse un constat préoccupant : les ressources actuelles, qu’elles soient publiques ou privées, restent largement insuffisantes pour transformer en profondeur les systèmes agroalimentaires du continent.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour la huitième année consécutive depuis 2017, la faim progresse en Afrique. Le rapport estime à 306 millions le nombre de personnes sous-alimentées, soit plus de 45 % du total mondial. À cela s’ajoute une insécurité alimentaire grave touchant près de 337 millions de personnes en 2024, soit plus d’un Africain sur cinq.
Derrière ces données se cache une réalité structurelle : l’agriculture africaine demeure sous-financée, fragmentée et vulnérable aux chocs externes. Qu’il s’agisse des conflits, des changements climatiques ou des fluctuations des marchés internationaux, les systèmes alimentaires du continent peinent à absorber les crises.
Pourtant, les solutions existent. Le rapport insiste sur la nécessité d’un financement massif, mais surtout mieux orienté. Il ne s’agit pas uniquement d’augmenter les budgets, mais de les investir dans des secteurs clés : infrastructures rurales, accès aux intrants, innovation technologique, irrigation et transformation locale des produits agricoles.
Un autre levier crucial réside dans la mobilisation du secteur privé. Aujourd’hui encore, les investissements privés dans l’agriculture africaine restent limités, freinés par des risques perçus élevés et un manque de cadres incitatifs. Les institutions appellent ainsi à des réformes structurelles capables de sécuriser les investissements et de renforcer la confiance des acteurs économiques.
Mais au-delà des financements, c’est une véritable transformation systémique qui est en jeu. L’objectif est clair : passer d’une agriculture de subsistance à des systèmes agroalimentaires résilients, productifs et durables, capables de nourrir une population en forte croissance.
Dans ce contexte, les tensions internationales, notamment autour du détroit d’Ormuz, rappellent la fragilité des équilibres alimentaires mondiaux. Une hausse des coûts du transport et de l’énergie pourrait rapidement aggraver la situation sur le continent.
Ainsi, l’urgence n’est plus à démontrer. Sans un sursaut politique et financier, l’Afrique risque de voir s’aggraver une crise alimentaire déjà critique. À l’inverse, un investissement stratégique dans l’agriculture pourrait devenir un puissant levier de développement, de stabilité et de souveraineté.
Car nourrir l’Afrique, aujourd’hui, c’est aussi sécuriser son avenir.






























