Le Mali traverse l’une des séquences les plus critiques de son histoire récente. À la suite d’attaques djihadistes d’une ampleur et d’une coordination inédites sur plusieurs villes du pays, la junte militaire au pouvoir apparaît fragilisée, confrontée à un choc sécuritaire qui dépasse les précédentes offensives enregistrées depuis sa prise de pouvoir en 2021.
Ces attaques, menées par le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, affilié à Al-Qaïda, en coordination avec des groupes armés locaux comme le Front de libération de l’Azawad, marquent un tournant stratégique. Elles traduisent une capacité opérationnelle renforcée, combinant simultanément mobilité, renseignement et ciblage de positions stratégiques, y compris en zones urbaines.
Depuis plusieurs mois, la pression exercée par les groupes djihadistes n’a cessé de s’intensifier. Historiquement ancrés dans les zones rurales, ces groupes ont progressivement étendu leur influence vers les axes routiers et les périphéries urbaines. Le blocus imposé depuis 2025 sur certaines routes majeures, notamment pour entraver l’approvisionnement en carburant de la capitale, a contribué à fragiliser davantage l’économie et à accentuer le mécontentement populaire.
Cependant, l’élément le plus déstabilisateur pour le régime reste la disparition de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale du pouvoir militaire. Considéré comme l’un des architectes de la stratégie sécuritaire du pays, sa mort représente un coup dur pour une junte déjà sous pression. À 47 ans, cet officier formé en Russie incarnait une ligne dure, marquée par la rupture avec les partenaires traditionnels.
Sous son impulsion, le Mali avait opéré un repositionnement stratégique majeur, mettant fin à la présence des forces françaises et onusiennes entre 2022 et 2023, pour se tourner vers de nouveaux partenariats sécuritaires, notamment avec le Groupe Wagner, aujourd’hui restructuré sous le nom d’Africa Corps. Ce choix, censé renforcer la souveraineté sécuritaire du pays, est aujourd’hui remis en question à la lumière des récents événements.
La multiplication des attaques coordonnées met en évidence les limites actuelles du dispositif sécuritaire. Elle souligne également une réalité plus préoccupante : la perte progressive de contrôle de certaines zones stratégiques, voire l’incapacité à contenir l’expansion territoriale des groupes armés.
Dans ce contexte, la junte se retrouve face à un dilemme majeur. D’un côté, maintenir une posture de fermeté et poursuivre sa stratégie actuelle ; de l’autre, repenser en profondeur son approche sécuritaire et politique dans un environnement de plus en plus instable.
Au-delà du cas malien, cette crise illustre une dynamique régionale plus large, où les États sahéliens sont confrontés à une recomposition des menaces et des alliances. Pour le Mali, l’enjeu est désormais existentiel : restaurer l’autorité de l’État tout en répondant aux attentes d’une population confrontée à l’insécurité chronique.
Une chose est certaine : après ces attaques d’une ampleur inédite, le rapport de force entre le pouvoir central et les groupes armés entre dans une nouvelle phase, plus incertaine que jamais.





























