Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a exprimé son « indignation » et sa « vive douleur » suite à la mort de Karine Buisset, une employée française de l’UNICEF, tuée lors d’une frappe de drone à Goma ce mercredi 11 mars 2026. Cet événement tragique, qui a également coûté la vie à deux civils, marque un point de non-retour dans l’escalade de la violence technologique qui ravage l’Est de la RDC et remet en question la sécurité des corridors humanitaires sur le continent.
Karine Buisset était une humanitaire chevronnée, dévouée au soutien des enfants et des familles déplacées par le conflit au Nord-Kivu. Sa mort, survenue dans un bâtiment identifié comme abritant du personnel d’aide, n’est pas seulement une perte humaine immense ; c’est, selon les termes de Stéphane Dujarric, porte-parole du chef de l’ONU, une violation flagrante du droit international humanitaire. « Le personnel humanitaire ne doit jamais être une cible. Ce n’est pas un sujet de débat ni de négociation », a martelé l’organisation depuis New York.
La frappe, attribuée par la rébellion du M23 aux forces gouvernementales congolaises (FARDC), illustre les dérives de la militarisation aérienne dans des zones urbaines denses. Si Kinshasa utilise désormais des drones d’attaque pour viser les positions rebelles, la multiplication des “dommages collatéraux” à Goma ville sous occupation du M23 depuis janvier 2025 témoigne de l’impossibilité de mener une guerre “chirurgicale” au milieu des civils. Cette attaque a touché un quartier résidentiel de Himbi, situé à proximité de la résidence de l’ancienne famille présidentielle, soulevant des interrogations sur la cible réelle du pilonnage.
À Paris, le président Emmanuel Macron a immédiatement réagi sur les réseaux sociaux, exprimant le soutien de la nation à la famille de la victime et exigeant le respect absolu du personnel engagé sur le terrain. Cette tragédie place la France dans une position délicate, elle qui tente de maintenir une médiation entre la RDC et le Rwanda, tout en voyant ses propres ressortissants devenir les victimes d’un conflit qui s’internationalise par la technologie.
Karine Buisset est la deuxième travailleuse humanitaire tuée en RDC depuis le début de l’année 2026. Pour l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires), ce chiffre est le symptôme d’une dégradation accélérée : plus de 90 incidents ciblant des humanitaires ont été recensés en seulement deux mois. En ciblant Goma, les belligérants transforment le sanctuaire de l’aide internationale en un champ de bataille, prenant en otage des centaines de milliers de déplacés qui dépendent exclusivement de l’UNICEF et de ses partenaires pour leur survie.
L’ONU appelle désormais toutes les parties à cesser immédiatement les hostilités et à respecter le cessez-le-feu de Washington. Mais au-delà des mots, c’est la crédibilité des Nations Unies qui est en jeu. Si les drones peuvent frapper des immeubles de l’ONU au cœur de Goma sans conséquence, quel espace reste-t-il pour l’action humanitaire en Afrique centrale ? Le meurtre de Karine Buisset pourrait bien forcer les organisations internationales à revoir radicalement leur présence dans l’Est de la RDC, au risque de laisser les populations civiles seules face à l’abîme.






























