Sous le général Mamadi Doumbouya, la Guinée semble avoir troqué ses espoirs de transition démocratique contre une “chape de plomb” dont la violence ne connaît plus de limites. Le témoignage d’Abdoul Sacko et la multiplication des enlèvements marquent une rupture brutale : la répression ne cible plus seulement les idées, elle s’attaque désormais au sanctuaire de la famille, faisant de la disparition forcée l’arme ultime d’un régime en quête d’un silence absolu.
Le récit d’Abdoul Sacko, rescapé de la torture et de l’exil, est un miroir glaçant de la réalité guinéenne en 2026. Simulations de noyade, cagoules et lieux de détention secrets : les méthodes décrites par ce militant du Forum des forces sociales rappellent les heures les plus sombres de l’histoire du pays. Cependant, une évolution sinistre se dessine. Alors que les figures de l’opposition ont été poussées à l’exil, le pouvoir semble avoir instauré une stratégie de “punition par procuration”.
L’enlèvement des enfants d’Elie Kamano (14 et 16 ans) ou du père de Mamoudou Babila Keïta (72 ans) illustre ce basculement vers la terreur familiale. En s’attaquant aux proches, le régime ne cherche plus seulement à neutraliser un opposant, mais à briser son moral et son identité en touchant à ses racines et à sa descendance. Cette pratique, qualifiée de “systémique” par les observateurs de la société civile, transforme chaque citoyen en otage potentiel, créant un climat de méfiance généralisée où la parole critique devient un risque mortel pour tout un entourage.
Sur le plan international, ces disparitions forcées placent la Guinée dans une zone grise diplomatique. Si le général Doumbouya a su maintenir certains équilibres régionaux, la “vingtaine de disparitions forcées” documentée par le mouvement Tournons la Page rend de plus en plus intenable le silence des institutions ouest-africaines. La disparition n’est pas un simple emprisonnement ; c’est un crime continu qui place les familles dans un purgatoire psychologique, entre l’espoir insoutenable et le deuil impossible.
Ce recours systématique à la force brute trahit, paradoxalement, une fragilité politique. Pourquoi un régime assuré de son socle populaire aurait-il besoin de séquestrer des adolescents ou des vieillards ? La multiplication des interrogatoires sur la “corruption” ou les “projets de coup d’État” suggère une paranoïa au sommet de l’État, où chaque voix discordante est perçue comme une menace existentielle.
La Guinée de 2026 est devenue un laboratoire de la répression hybride : une façade de stabilité institutionnelle masquant une réalité de commandos cagoulés et de nuits d’angoisse. Pour la société civile guinéenne, le défi n’est plus seulement de réclamer des élections, mais de sauver des vies humaines et de restaurer le droit fondamental à ne pas disparaître.






























