L’Iran entre dans une nouvelle phase de son histoire politique. L’Assemblée des experts, l’institution chargée de nommer la plus haute autorité religieuse du pays, a choisi Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême de la République islamique. Cette décision intervient dans un contexte particulièrement tendu, alors que le pays est confronté à une campagne de bombardements menée par les États-Unis et Israël.
Âgé de 56 ans, Mojtaba Khamenei succède à son père, Ali Khamenei, décédé au début du conflit. Depuis plusieurs années déjà, son nom circulait parmi les figures susceptibles de prendre la tête du système politico-religieux iranien. Son influence au sein des cercles conservateurs et sécuritaires du régime s’est progressivement renforcée, notamment grâce à ses relations étroites avec le puissant Corps des Gardiens de la Révolution islamique.
Religieux de rang intermédiaire, Mojtaba Khamenei porte le titre d’hodjatoleslam, un niveau inférieur à celui d’ayatollah dans la hiérarchie chiite. Malgré cette position religieuse jugée modeste par certains théologiens, il s’est imposé comme un acteur politique central dans l’ombre du pouvoir. Au fil des années, il a consolidé son réseau d’alliés au sein des institutions religieuses et militaires du pays.
Né en 1969 dans la ville de Machhad, Mojtaba Khamenei a grandi dans un environnement marqué par la révolution islamique conduite par Rouhollah Khomeini. Durant sa jeunesse, il a également participé à la Guerre Iran‑Irak, qui a profondément marqué une génération entière d’Iraniens. Il a ensuite poursuivi des études religieuses dans les séminaires de Qom, haut lieu de la théologie chiite.
Bien qu’il n’ait jamais occupé de fonction officielle au sein du gouvernement, Mojtaba Khamenei a longtemps été considéré comme un acteur influent au cœur du système politique. Plusieurs observateurs estiment qu’il a joué un rôle déterminant dans l’ascension de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, élu en 2005 et soutenu par les courants les plus conservateurs du régime.
Sa ligne politique est réputée très ferme. Il s’est régulièrement opposé aux partisans d’un rapprochement avec les puissances occidentales, notamment dans les discussions liées au programme nucléaire iranien. Cette posture lui vaut le soutien d’une partie des milieux sécuritaires et idéologiques du pays.
Toutefois, sa nomination ne fait pas l’unanimité. Certains critiques au sein même du système politique estiment qu’elle pourrait renforcer l’image d’une succession quasi dynastique au sommet de l’État, ce qui irait à l’encontre de l’esprit initial de la République islamique instaurée après la révolution de 1979.
Sur la scène internationale, Mojtaba Khamenei fait également l’objet de sanctions imposées par le Département du Trésor des États‑Unis depuis 2019. Washington l’accuse d’avoir exercé une influence politique importante dans l’ombre du pouvoir et d’entretenir des relations étroites avec les structures sécuritaires du régime.
Sa prise de fonction intervient enfin dans un climat de fortes tensions régionales et internes. Le nouveau guide suprême devra composer avec une situation militaire délicate, une pression diplomatique croissante et une société iranienne traversée par des mouvements de contestation récurrents, comme celui déclenché après la mort de Mahsa Amini.
La désignation de Mojtaba Khamenei ouvre ainsi une nouvelle période d’incertitudes politiques pour l’Iran, alors que le pays tente de préserver la stabilité de son système face aux défis internes et aux rivalités internationales.






























