Le discours d’Augustin Kabuya devant les militants de l’UDPS marque le franchissement du Rubicon politique. En 2026, l’évocation d’une Constitution « inadaptée » n’est plus une simple réflexion académique, mais le signal d’une offensive contre l’article 220, ce « verrou sacré » qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux. Alors que l’horizon de 2028 se rapproche, le parti au pouvoir semble lancer une course contre la montre pour modifier les règles du jeu avant que la fatigue du pouvoir et les ambitions de succession ne désagrègent l’Union Sacrée.
L’argument de la « Constitution des belligérants » sert de paravent idéologique à une stratégie de maintien au pouvoir. En délégitimant le texte de 2006 comme une œuvre imposée par l’étranger pour satisfaire des chefs de guerre, l’UDPS tente de présenter sa modification comme un acte de libération nationale. Pour le régime, il s’agit de convaincre l’opinion que le président, bien qu’à son dernier mandat selon les textes actuels, a besoin de « temps supplémentaire » pour parachever les réformes structurelles et sécuritaires engagées avec ses nouveaux alliés internationaux.
La temporalité de cette annonce est intimement liée au récent Partenariat Stratégique avec les États-Unis. Washington, sous l’administration Trump, privilégie la stabilité et l’accès aux minerais critiques. Kinshasa pourrait parier sur un « deal de stabilité » : en échange d’un alignement total sur les intérêts américains et d’un leadership cybernétique régional, la communauté internationale fermerait les yeux sur un « glissement » ou un changement de Constitution. La nomination de James Swan à la tête de la MONUSCO renforce cette hypothèse d’une gestion de crise où la légitimité constitutionnelle s’efface devant l’efficacité stratégique.
Toutefois, ce projet se heurte à une opposition qui s’est déjà réorganisée pour le combat de 2028. Pour les forces sociales et politiques opposées à la révision, l’initiative de Kabuya est qualifiée de « coup d’État constitutionnel ». Le souvenir des manifestations sanglantes de 2015-2016 contre la tentative de Joseph Kabila de rester au pouvoir est encore vif. En touchant à la charte fondamentale, le pouvoir risque de transformer les deux prochaines années en un climat de pré-guerre civile, où chaque réforme sera perçue comme un outil de confiscation du pouvoir.
Le dilemme est également interne à la majorité. Des figures de poids comme Vital Kamerhe, Jean-Pierre Bemba ou Bahati Lukwebo nourrissent des ambitions légitimes pour 2028. En ouvrant la voie à une présidence à vie ou à un rallongement des mandats, Félix Tshisekedi risque de briser l’équilibre précaire de l’Union Sacrée. La « touche » constitutionnelle pourrait ainsi devenir le détonateur d’une implosion de la coalition gouvernementale, où chaque allié devra choisir entre le loyalisme au chef ou la préservation de ses propres chances électorales.
Sur le plan technique, l’UDPS évoque le fait que la durée réelle du mandat est amputée par les lenteurs de formation des gouvernements. Ce sophisme administratif masque une réalité plus profonde : la volonté de passer d’un régime semi-parlementaire à un présidentialisme renforcé. En 2026, avec l’intégration de technologies de surveillance et de contrôle cybernétique massives, une Constitution “ajustée” offrirait au président des pouvoirs d’exception permanents, justifiés par l’état de guerre à l’Est, rendant l’alternance de 2028 quasi impossible.
En conclusion, la déclaration de ce 7 mars 2026 scelle la fin de l’insouciance démocratique en RDC. Le pays entre dans une zone de turbulences où la Loi fondamentale devient l’ultime champ de bataille. Si l’UDPS réussit son pari de changer de Constitution, 2028 ne sera pas une année d’alternance, mais le point de départ d’un nouveau système politique dont les contours restent flous. Pour le peuple congolais, l’enjeu est désormais de savoir si le « salut de la nation » invoqué par Kabuya justifie le sacrifice d’une alternance pacifique, chèrement acquise en 2019.






























