La République démocratique du Congo entend faire de ses partenariats internationaux un levier au service de sa souveraineté, de sa sécurité et de ses intérêts économiques. Au troisième sommet Russie-Afrique, le président Félix Tshisekedi a réaffirmé cette orientation diplomatique, fondée sur la diversification des coopérations et l’indépendance de jugement. Pour Kinshasa, multiplier les partenariats ne signifie pas choisir un camp, mais défendre les intérêts nationaux dans un environnement international marqué par les rivalités géopolitiques.
Toutefois, le dossier sécuritaire de l’Est congolais a occupé une place centrale dans le message adressé à Moscou. La RDC a appelé la Fédération de Russie à soutenir la mise en œuvre effective des résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies. En tant que membre permanent de cet organe, la Russie a été invitée à contribuer à faire respecter les engagements internationaux visant à mettre fin aux hostilités et à restaurer l’autorité de l’État congolais dans les territoires affectés par le conflit.
Des résolutions adoptées à l’unanimité : un appel à leur application
Adoptée le 21 février 2025, la résolution 2773 condamne l’offensive du M23 dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, ainsi que le soutien des Forces de défense rwandaises à ce mouvement. Elle demande notamment au M23 de cesser les hostilités et de se retirer des zones contrôlées, et aux forces rwandaises de mettre fin à leur soutien au groupe armé et de se retirer du territoire congolais sans conditions. Le texte appelle également à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel.
La résolution 2808, adoptée le 19 décembre 2025, renouvelle le mandat de la MONUSCO jusqu’au 20 décembre 2026. Elle réaffirme la nécessité d’appliquer la résolution 2773 et insiste sur la convergence des processus diplomatiques, notamment l’accord de paix de Washington et le cadre de paix de Doha, en complément des efforts de médiation de l’Union africaine.
Pour Kinshasa, le caractère unanime de ces textes revêt une importance particulière : leur mise en œuvre ne relève pas uniquement des pays directement concernés par le conflit, mais de la responsabilité collective des membres du Conseil de sécurité. La Russie ayant elle-même voté en faveur de la résolution 2773, la RDC l’appelle à traduire cette position en soutien diplomatique concret à l’application des décisions du Conseil.
Le retrait des forces et la neutralisation des groupes armés au cœur des exigences
Le message congolais porte sur plusieurs exigences complémentaires : la cessation des hostilités, le retrait du M23 des territoires occupés, la fin du soutien rwandais au mouvement et le retrait des troupes rwandaises du territoire de la RDC. Kinshasa souligne également la nécessité de neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), dans le cadre des engagements de sécurité régionale.
Cette approche vise à éviter que la recherche d’une solution politique ne se limite à des déclarations de principe. Pour les autorités congolaises, la paix doit se traduire par des mesures vérifiables sur le terrain, la fin des offensives armées et le rétablissement de l’autorité de l’État dans les zones affectées.
La RDC défend parallèlement l’articulation des initiatives diplomatiques en cours. Les processus de Washington et de Doha, ainsi que la médiation de l’Union africaine, sont appelés à se renforcer mutuellement plutôt qu’à fonctionner de manière concurrente. La résolution 2808 insiste précisément sur la cohérence et la complémentarité des efforts internationaux et régionaux.
Une diplomatie de diversification sans renoncement à la souveraineté
Au-delà du dossier sécuritaire, la participation congolaise au sommet Russie-Afrique s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des partenariats. Kinshasa entend préserver sa liberté de décision et développer des relations avec différents acteurs internationaux en fonction des priorités nationales.
Cette orientation ne signifie pas que tous les partenariats se valent ni que les divergences disparaissent. Elle traduit plutôt la volonté de la RDC de dialoguer avec les grandes puissances tout en maintenant ses exigences sur le respect de son intégrité territoriale et de ses droits souverains.
L’appel lancé à Moscou illustre cette démarche : la coopération bilatérale peut se développer, mais elle ne saurait se substituer aux obligations découlant des décisions du Conseil de sécurité. La Russie est ainsi invitée à jouer un rôle conforme à son statut de membre permanent, en soutenant les efforts visant à mettre fin au conflit et à assurer l’application des engagements de paix.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse donc les relations avec un partenaire particulier. Il s’agit de mobiliser les mécanismes multilatéraux, les alliances diplomatiques et les initiatives régionales pour obtenir une paix durable dans l’Est du pays. La diversification revendiquée par Félix Tshisekedi prend ici tout son sens : dialoguer avec tous, sans renoncer à la souveraineté nationale ni à l’exigence de mise en œuvre des décisions internationales.






























