Le commerce des minerais issus de l’Est de la République démocratique du Congo demeure au cœur des préoccupations internationales liées à la persistance du conflit. Dans une déclaration publiée le 8 juillet 2024, le Département d’État américain a dénoncé les risques associés aux chaînes d’approvisionnement en minerais provenant de la RDC, du Rwanda et de l’Ouganda. Selon Washington, des minerais d’origine congolaise quittent le territoire national par des circuits susceptibles de contribuer au financement des groupes armés.
Cette alerte concerne notamment l’or et le tantale, deux ressources dont l’exploitation et la commercialisation peuvent générer des revenus importants. Les autorités américaines s’appuient sur des rapports du Groupe d’experts des Nations unies, des informations de la MONUSCO, des données statistiques et des rapports de la société civile pour souligner que certains négociants transportent et exportent des minerais congolais hors du pays, parfois avec le soutien de groupes armés ou de services de sécurité.
Rubaya, un site stratégique au cœur des inquiétudes
La déclaration américaine met particulièrement en évidence la prise de contrôle, en avril 2024, d’une zone importante d’extraction du tantale près de Rubaya, au Nord-Kivu, par le M23, qualifié par Washington de groupe armé soutenu par le Rwanda. Cette situation soulève des questions sur les revenus tirés de l’exploitation minière dans les territoires occupés et sur les circuits empruntés par les minerais après leur extraction.
Un rapport du Groupe d’experts des Nations unies publié en décembre 2024 apporte des éléments supplémentaires sur ces risques. Il rapporte qu’en mai 2024, le ministère congolais des Mines avait accusé le M23 de percevoir des taxes illégales sur le coltan et la cassitérite destinés au Rwanda. Le rapport évoque également le transport de minerais non étiquetés depuis Rubaya vers Mushaki, puis vers le Rwanda, à travers des territoires contrôlés par le mouvement armé. Ces éléments sont rapportés comme des accusations et des constats documentés dans le cadre du suivi onusien du conflit. Ils soulignent les difficultés à garantir l’origine réelle des minerais commercialisés dans la région.
Le Rwanda et la question de l’origine des exportations
La question dépasse les seules zones minières occupées. Elle concerne également la capacité des mécanismes de traçabilité à établir si les minerais exportés par les pays voisins ont effectivement été extraits sur leur territoire ou proviennent de la RDC.
Dans sa déclaration, Washington estime que des minerais congolais transitent par le Rwanda et l’Ouganda avant d’être acheminés vers des pays spécialisés dans leur raffinage et leur transformation. Selon les autorités américaines, ces circuits peuvent permettre à des groupes armés de bénéficier directement ou indirectement des revenus issus du commerce minier, notamment par des prélèvements et des activités illicites.
Le Département d’État souligne aussi les insuffisances des dispositifs de traçabilité appliqués dans la région. L’enjeu est de pouvoir vérifier l’origine des minerais tout au long de la chaîne d’approvisionnement, depuis le site d’extraction jusqu’aux négociants, exportateurs, raffineurs et entreprises utilisatrices.
Cette problématique est particulièrement importante pour le tantale, considéré comme un minerai critique et largement utilisé dans les équipements électroniques. La RDC figure parmi les principaux producteurs mondiaux de cette ressource.
La traçabilité, un enjeu économique et sécuritaire
Pour les États-Unis, les entreprises ne peuvent se limiter à des vérifications documentaires. Elles sont encouragées à renforcer leur diligence raisonnable, à améliorer la transparence de leurs fournisseurs et à mener des contrôles plus approfondis sur les chaînes d’approvisionnement présentant des risques.
L’objectif n’est pas de condamner indistinctement l’ensemble du commerce minier régional. Washington reconnaît que des minerais extraits de manière responsable en RDC et dans les pays voisins peuvent satisfaire aux normes applicables. La priorité consiste à empêcher que les ressources issues de l’exploitation illicite, de la contrebande ou de zones affectées par les conflits contribuent au financement de la violence et aux violations des droits humains.
Pour la RDC, la traçabilité représente ainsi un enjeu de souveraineté économique autant que de sécurité. Elle conditionne la capacité du pays à valoriser ses ressources naturelles, à préserver les recettes publiques et à empêcher que les richesses de ses territoires deviennent une source de financement pour les groupes armés.
La déclaration américaine du 8 juillet 2024 remet donc au premier plan une question essentielle : tant que l’origine des minerais ne pourra pas être vérifiée de manière crédible et indépendante, les chaînes d’approvisionnement internationales resteront exposées au risque d’intégrer des ressources issues des zones de conflit de l’Est congolais.






























