Kinshasa — Alors que le président Félix Tshisekedi a annoncé la mise en place d’un nouveau dialogue pour tenter de répondre aux crises politiques et sécuritaires qui secouent la République démocratique du Congo, une question demeure : ce processus peut-il éviter les échecs qui ont marqué les précédentes initiatives de paix et de concertation nationale ?
Pour le chercheur Yvon Muya, docteur en études de conflits et enseignant à l’Université Saint-Paul d’Ottawa, la réponse dépendra avant tout de la capacité des acteurs congolais à construire un processus véritablement inclusif.
Dans une intervention diffusée sur B-One, le chercheur est revenu sur l’expérience des différents processus engagés depuis le dialogue intercongolais de Sun City. Son analyse met en garde contre la répétition d’un schéma dans lequel les accords politiques ne parviennent pas à s’attaquer durablement aux causes des crises.
Selon Yvon Muya, le principal enjeu du dialogue annoncé par le président Tshisekedi réside dans la définition préalable d’un cadre suffisamment inclusif, capable de réunir les différentes sensibilités politiques et les acteurs concernés par les conflits qui traversent le pays.
L’objectif ne serait donc pas uniquement de réunir des représentants autour d’une table, mais de garantir que les principales parties prenantes puissent réellement participer à la définition des solutions.
Cette question est particulièrement importante dans le contexte congolais, où les processus de paix successifs ont souvent été confrontés à des problèmes de représentation, d’exclusion de certains acteurs et de mise en œuvre des engagements. Les recherches consacrées aux processus de paix en RDC soulignent d’ailleurs que l’inclusivité peut devenir complexe lorsque certains groupes disposent de capacités de nuisance ou de soutiens extérieurs.
Depuis Sun City, la RDC a connu plusieurs initiatives destinées à mettre fin aux crises politiques et sécuritaires. Certaines ont permis des avancées importantes, mais leur mise en œuvre incomplète ou leur incapacité à régler durablement les tensions ont souvent laissé place à de nouvelles crises.
Pour le chercheur et docteur Yvon Muya, le nouveau dialogue devra donc se distinguer par son architecture, ses garanties et surtout sa capacité à produire des engagements applicables.
La question centrale devient ainsi celle de la confiance entre les participants : comment convaincre les acteurs qu’un nouvel accord ne constituera pas simplement une étape supplémentaire dans une longue succession de processus sans règlement définitif des différends ?
L’initiative annoncée par Félix Tshisekedi apparaît dès lors comme un test politique majeur. Sa réussite dépendra autant de la participation des différents acteurs que de la capacité du pouvoir à instaurer un climat permettant des discussions crédibles.
L’enjeu dépasse la seule recherche d’un compromis politique à court terme. Dans un pays confronté à une crise sécuritaire persistante dans l’Est, le dialogue devra également permettre d’aborder les questions structurelles qui alimentent les tensions nationales et régionales.
L’avertissement de Yvon Muya se résume ainsi à une exigence : ne pas reproduire un dialogue fermé ou limité à quelques acteurs, mais construire un processus dont l’inclusivité constitue le point de départ et non une promesse a posteriori.
À l’heure où Kinshasa cherche une nouvelle voie pour sortir des crises successives, la capacité à tirer les leçons de Sun City et des processus qui ont suivi pourrait être déterminante pour éviter qu’un nouveau dialogue ne devienne, à son tour, un processus manqué.





























