Bamako / Niamey / N’Djamena – De l’ouest du Mali aux rives du lac Tchad, une vaste région d’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui confrontée à une menace jihadiste d’une ampleur inédite. Selon plusieurs organisations internationales et centres de recherche sur les conflits, le Sahel est devenu l’épicentre mondial du terrorisme, avec une multiplication des attaques et une extension continue des zones d’influence des groupes armés.
Les principales organisations jihadistes opérant dans la région – le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, l’État islamique au Sahel (EIS) et Boko Haram autour du bassin du lac Tchad – ont considérablement renforcé leur présence au cours de la dernière décennie.
Selon les données compilées par l’organisation ACLED, spécialisée dans le suivi des conflits à travers le monde, les groupes jihadistes ont plus que doublé l’étendue de leurs attaques dans le Sahel depuis 2020.
Longtemps concentrées dans les zones rurales, les violences atteignent désormais les centres urbains et les infrastructures stratégiques. En 2026, plusieurs attaques spectaculaires ont démontré la capacité de nuisance des groupes armés.
L’aéroport international de Niamey, infrastructure stratégique du Niger et siège du quartier général de la force conjointe de l’Alliance des États du Sahel (AES), a été visé à deux reprises cette année : une première attaque revendiquée par l’État islamique en janvier, puis une seconde en juin attribuée au JNIM.
Au Mali, des offensives simultanées menées en avril près de Bamako et dans le nord du pays ont mis en évidence la capacité des groupes jihadistes à frapper sur plusieurs fronts et à défier directement l’autorité de l’État.
Face à cette détérioration rapide de la situation, les Nations unies estiment que le Sahel central se trouve à un « dangereux point de basculement ». Plusieurs zones échappent désormais partiellement ou totalement au contrôle des États, permettant aux groupes armés d’imposer leur autorité, de prélever des taxes et d’administrer certaines localités.
Dans plusieurs régions du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du bassin du lac Tchad, des millions de personnes vivent sous la menace permanente des groupes jihadistes ou directement sous leur influence.
L’expansion du terrorisme a provoqué des déplacements massifs de populations, aggravant une crise humanitaire déjà profonde. Des milliers d’écoles ont fermé, des centres de santé ont été abandonnés et des activités économiques essentielles sont paralysées.
Les populations civiles paient un lourd tribut, prises entre les attaques des groupes armés, les opérations militaires et l’effondrement progressif des services publics dans certaines zones.
Malgré les changements de partenariats militaires et la montée en puissance des armées nationales depuis les coups d’État intervenus au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l’insécurité continue de progresser.
Les autorités de l’Alliance des États du Sahel ont fait de la lutte contre le terrorisme leur priorité absolue, mais les groupes jihadistes démontrent une forte capacité d’adaptation, de mobilité et de recrutement.
Pour plusieurs experts, la réponse à la crise ne peut être exclusivement militaire. Elle devra également intégrer des dimensions économiques, sociales et politiques afin de répondre aux causes profondes de la radicalisation et de restaurer la présence de l’État dans les territoires fragilisés.
Du Mali au lac Tchad, la progression du jihadisme constitue désormais l’un des plus grands défis sécuritaires du continent africain. L’évolution de la situation au Sahel aura des conséquences directes non seulement pour les pays de la région, mais également pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest et de la communauté internationale.
À mesure que les groupes armés étendent leur influence, la stabilisation du Sahel apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique mondial.
The Times Congo – Service Sécurité & Géopolitique




























