Deux informations sont tombées dans la même journée, apparemment sans lien entre elles, mais que les observateurs politiques de Kinshasa ont immédiatement mis en relation. D’un côté, UN député appelle à un débat “ouvert et apaisé” sur la révision de la Constitution. De l’autre, la CENI envisage déjà le “glissement” de 2028, selon des informations publiées ce mardi 28 avril. Deux signaux qui, pris ensemble, dessinent un horizon politique congolais de plus en plus incertain.
La question d’un éventuel troisième mandat pour Félix Tshisekedi n’est pas nouvelle. Elle circule dans les couloirs du pouvoir depuis plusieurs mois. La Constitution de la RDC limite le président à deux mandats. Pour qu’un troisième soit possible, il faudrait modifier ce texte fondamental. Les défenseurs d’une telle révision avancent l’argument d’un “mandat de transition spécial”, lié aux circonstances exceptionnelles de la guerre à l’Est. Leurs opposants rappellent que modifier une limitation de mandat est une ligne rouge démocratique que les peuples africains ont appris à surveiller étroitement.
L’appel au débat pourrait être sincère. Un débat constitutionnel ouvert et inclusif est légitime dans n’importe quelle démocratie. Mais dans le contexte politique actuel de la RDC, cet appel arrive chargé d’arrière-pensées que personne ne peut vraiment ignorer.
La planification par la CENI des élections de 2028 envoie un signal en apparence contraire : les institutions se préparent à un scrutin dans les délais normaux. Mais le terme “glissement” utilisé dans la presse dit autre chose : il suggère que des discussions existent déjà sur le report éventuel de cette échéance.
Pour les partis d’opposition, ces signaux constituent une alerte rouge. Martin Fayulu, figure de l’opposition, avait déclaré que “l’idée du dialogue hante” certains acteurs politiques, une façon de suggérer que des conversations souterraines cherchent à construire un consensus autour d’une prolongation du pouvoir actuel.
Ce que les Congolais attendent de leur classe politique, c’est moins des débats constitutionnels que des routes construites, des hôpitaux équipés, des enseignants payés, et la paix dans l’Est. Le terrain institutionnel, quel que soit son intérêt académique, ne nourrit pas les 27 millions de Congolais qui souffrent d’insécurité alimentaire documentés ce 30 avril.






























