La visite de Bruno Lemarquis à Goma, entamée le lundi 16 mars 2026, marque une étape délicate et cruciale dans la gestion de la crise qui secoue l’est de la République Démocratique du Congo. En sa double qualité de coordonnateur humanitaire et de chef intérimaire de la MONUSCO, le responsable onusien s’est livré à un exercice de haute voltige diplomatique en rencontrant les « autorités de fait » de la rébellion AFC/M23. Sous la direction de Corneille Nangaa, ces interlocuteurs contrôlent désormais de larges pans du territoire entourant la capitale provinciale du Nord-Kivu, rendant tout accès aux populations civiles dépendant d’un accord tacite ou explicite avec le mouvement rebelle.
Au cœur des échanges, Lemarquis a martelé l’exigence d’un respect absolu de l’espace humanitaire, un concept souvent malmené dans le fracas des armes mais vital pour la survie de milliers de déplacés. L’objectif affiché de cette rencontre était strictement technique : garantir que les organisations de secours puissent circuler sans entrave, sans menace et surtout sans interférence politique ou militaire. Pour l’ONU, il s’agit de sanctuariser l’action d’aide au profit des personnes les plus vulnérables, en rappelant aux dirigeants de l’AFC/M23 leurs obligations internationales en matière de protection des civils, même dans les zones qu’ils administrent par la force.
La situation sur le terrain reste cependant d’une complexité décourageante pour les équipes humanitaires qui bravent l’insécurité quotidienne. Les discussions avec Corneille Nangaa ont porté sur la détresse des populations récemment retournées dans leurs foyers et sur le sort des déplacés internes qui s’entassent à la périphérie de Goma. Lemarquis a insisté sur le fait que l’aide ne doit être ni une arme de guerre, ni un outil de légitimation pour les parties au conflit. Cette position de neutralité est de plus en plus difficile à tenir alors que la ligne de front se déplace et que les besoins en nourriture, soins de santé et abris explosent sous l’effet des récentes hostilités.
L’appel du coordonnateur humanitaire intervient dans un climat de méfiance généralisée où l’accès physique aux zones de conflit reste le défi majeur. Entre les routes coupées par les combats et les exigences bureaucratiques imposées par la rébellion, le temps de réponse des agences onusiennes et des ONG se rallonge dangereusement. En rencontrant Nangaa à Goma, Lemarquis cherche à lever ces verrous logistiques, conscient que chaque jour de retard dans l’acheminement des vivres se traduit par une aggravation de la crise nutritionnelle et sanitaire dans les camps de fortune qui ceinturent la ville.
Cette mission souligne la réalité brutale du conflit congolais en 2026 : l’obligation de dialoguer avec des acteurs non étatiques pour éviter une hécatombe humaine à grande échelle. Si Bruno Lemarquis a pris soin de préciser que les discussions étaient « exclusivement » humanitaires, l’ombre de la politique et de la reconnaissance de facto des rebelles plane sur de tels échanges. La réussite de ce plaidoyer se mesurera dans les prochains jours à la fluidité des convois humanitaires quittant Goma vers les zones sous contrôle rebelle, un test de sincérité pour l’AFC/M23 face aux yeux de la communauté internationale.





























