Abidjan – Vers un nouveau chapitre dans les relations sécuritaires entre la Côte d’Ivoire et ses voisins sahéliens ? Le vice-Premier ministre ivoirien et ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a laissé entrevoir cette possibilité en affirmant être disposé à reprendre la coopération avec le Mali et le Burkina Faso, si ces derniers en expriment le souhait.
S’exprimant récemment lors du salon international de la défense Eurosatory, le responsable ivoirien a insisté sur la nécessité d’une réponse collective face à la menace terroriste qui continue de déstabiliser l’Afrique de l’Ouest.
« Le terrorisme, tel qu’il se présente actuellement, ne peut être vaincu par un État. Il faut qu’il y ait une collaboration, une mutualisation des forces », a déclaré Téné Birahima Ouattara.
Bien que la Côte d’Ivoire n’ait plus subi d’attaques terroristes meurtrières depuis 2021, les autorités restent en état d’alerte. Des groupes jihadistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda au Sahel, demeurent très actifs au Mali et au Burkina Faso.
Selon plusieurs observateurs, certains de ces combattants évoluent parfois à seulement quelques kilomètres de la frontière nord ivoirienne, faisant peser une menace permanente sur le territoire national.
Cette proximité a conduit Abidjan à renforcer son dispositif sécuritaire dans les zones frontalières, à travers le déploiement de forces supplémentaires, le développement du renseignement et la multiplication des opérations de surveillance.
L’éventuelle reprise de la coopération intervient toutefois dans un contexte diplomatique complexe.
Les relations entre la Côte d’Ivoire, le Mali et le Burkina Faso se sont progressivement détériorées après les coups d’État intervenus à Bamako puis à Ouagadougou. Abidjan avait alors condamné ces prises de pouvoir militaires et soutenu les sanctions décidées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Une position qui avait suscité l’irritation des autorités de transition maliennes et burkinabè, contribuant à refroidir les rapports entre les trois capitales.
Au-delà des divergences politiques, plusieurs incidents ont illustré la fragilité des relations bilatérales.
En mars 2024, des soldats burkinabè avaient franchi la frontière ivoirienne, provoquant des échanges de tirs entre les forces des deux pays. Cet épisode avait ravivé les inquiétudes quant aux risques d’escalade dans une région déjà confrontée à une insécurité persistante.
Malgré ces différends, la lutte contre le terrorisme pourrait imposer une approche plus pragmatique. Les experts estiment que les groupes armés profitent souvent des divisions entre États pour étendre leur influence et renforcer leurs capacités opérationnelles.
Par ailleurs, la présence de millions de ressortissants burkinabè et maliens en Côte d’Ivoire confère à la stabilité régionale une dimension humaine, économique et sociale majeure pour Abidjan.
L’ouverture exprimée par Téné Birahima Ouattara apparaît ainsi comme un appel à dépasser les tensions politiques au profit d’une coopération fondée sur des intérêts sécuritaires communs.
Reste désormais à savoir si Bamako et Ouagadougou répondront favorablement à cette main tendue ivoirienne.
Dans un Sahel confronté à une recrudescence des attaques jihadistes, une reprise de la coopération entre la Côte d’Ivoire et ses voisins pourrait constituer un signal fort en faveur d’une réponse régionale plus coordonnée face à une menace qui ne connaît ni frontières ni divergences idéologiques.




























