Ces chiffres méritent qu’on s’y arrête longuement. Le gouvernement a dénombré environ 19 000 associations confessionnelles en RDC et plus de 30 000 en attente de traitement de leurs dossiers.
Dix-neuf mille associations confessionnelles officiellement enregistrées. Et trente mille autres frappent à la porte de l’administration pour obtenir leur reconnaissance légale. Ces chiffres représentent, dans leur totalité, le réseau le plus dense d’organisations de terrain que la RDC possède sur l’ensemble de son territoire immense.
Pour comprendre ce que signifient ces associations dans la vie quotidienne des Congolais, il faut d’abord comprendre ce que l’État congolais ne fait pas. Dans des centaines de villages de l’Équateur, du Maniema, du Kasaï Central, il n’y a pas d’école publique fonctionnelle, pas de dispensaire équipé, pas de route praticable, pas d’eau courante, pas d’électricité. L’État est absent ou fantomatique.
Les associations confessionnelles, elles, sont là. Elles gèrent des écoles primaires et secondaires qui scolarisent des millions d’enfants que les seules écoles publiques ne peuvent pas absorber. Elles gèrent des cliniques et des maternités qui pratiquent des accouchements là où le moindre déplacement vers un hôpital provincial représente un jour de voyage. Elles gèrent des programmes de microcrédit, des associations d’agriculteurs, des groupes de protection des femmes victimes de violences.
Ce rôle supplétif de l’État que jouent les organisations religieuses est une réalité africaine que les théories de développement reconnaissent mais que les politiques publiques sous-estiment régulièrement. En RDC, sans ces associations, des millions de personnes seraient encore plus démunies qu’elles ne le sont.
La question politique qui se pose est double. D’abord : comment l’État peut-il mieux soutenir ces organisations qui assurent des missions de service public, sans les instrumentaliser ni les contrôler de façon intrusive ? Ensuite : quel est le modèle de long terme ? Un État qui sous-traite définitivement ses responsabilités à des organisations religieuses, ou un État qui renforce progressivement ses propres capacités pour prendre en charge ce que la foi supplée aujourd’hui ?






























