Il y a des votes parlementaires qui passent pour une victoire et qui ressemblent davantage à une mise en examen collective. Ce mercredi 29 avril, l’Assemblée nationale de la RDC a rejeté la motion de défiance contre Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur. Sur le papier, le gouvernement a survécu. Sur le fond, la séance a exposé au grand jour une fracture qui ronge l’Union Sacrée depuis des mois.
Selon le baromètre Talala, plus de 90 % des signataires de la motion contre Shabani sont issus de l’Union Sacrée, avec l’AFDC-A en tête des signataires. Cette révélation transforme ce qui aurait pu être une offensive de l’opposition en une guerre intestine au sein de la majorité présidentielle.
Le député Laddy Yangotikala, initiateur de la motion, a tenté de sauver la face après l’échec : “Je n’ai pas échoué”, a-t-il déclaré, cherchant à présenter la procédure comme un succès de démocratie interne plutôt qu’un revers politique.
Ce que ce vote dit au fond, c’est que l’insatisfaction à l’égard de la gestion sécuritaire de Kinshasa et des grandes villes ne vient pas de l’opposition mais du ventre même du camp Tshisekedi. Des alliés qui déposent une motion contre un ministre de leur propre majorité : c’est le signe que le pacte de gouvernance au sein de la coalition se fissure sous la pression des résultats insuffisants sur le terrain.
La question sécuritaire à Kinshasa est réelle et documentée. Les habitants de quartiers populaires vivent avec l’insécurité comme compagnon quotidien. Les braquages se multiplient. Les routes de nuit sont dangereuses. Le numéro d’urgence policier, annoncé avec fanfare il y a plusieurs semaines, n’a toujours pas produit de résultats visibles. Ce sont ces réalités concrètes que les 90 % de signataires issus de la majorité avaient en tête quand ils ont apposé leur signature.
Shabani s’est défendu devant les députés. Il a présenté des chiffres, des actions, des perspectives. Mais dans la mécanique politique congolaise, les votes de ce type ne se gagnent pas sur les arguments. Ils se gagnent sur les rapports de force internes et sur la discipline de la majorité. La discipline a joué. Shabani reste à son poste. Mais il sort de cette séance politiquement affaibli, et l’Union Sacrée sort collectivement interrogée sur sa capacité à gouverner d’une seule voix.
Pour les populations de Kinshasa qui attendaient que ce débat aboutisse à des mesures concrètes, le résultat est décevant. Une motion rejetée ne résout ni un braquage, ni une arrestation arbitraire, ni une rue mal sécurisée la nuit. Le vrai test de la crédibilité du gouvernement sur la sécurité ne se joue pas à l’Assemblée nationale. Il se joue dans les rues de Masina, de Bumbu, de Makala.





























