L’annonce du parquet néerlandais ce 10 mars 2026 marque la fin d’une ère pour l’un des dossiers de corruption les plus emblématiques du continent africain. En acceptant de verser 30 millions de dollars, la société Fleurette Properties, entité liée au milliardaire israélien Dan Gertler, solde des années d’enquêtes criminelles aux Pays-Bas. Ce règlement transactionnel clôt officiellement les poursuites portant sur des faits de corruption massive en République démocratique du Congo, survenus durant la décennie 2010.
L’enquête a permis de mettre en lumière un mécanisme de corruption sophistiqué visant à capter les richesses minières congolaises. Entre 2010 et 2011, des fonds ont été versés à des agents publics de haut rang pour faciliter l’acquisition de licences de cuivre et de cobalt à des prix dérisoires. Cette stratégie d’influence, opérée au cœur du système politique de l’époque, a permis à des holdings opaques de mettre la main sur des actifs stratégiques au détriment direct du Trésor public de la RDC.
Au centre de ce réseau gravitait l’ombre d’Augustin Katumba Mwanke, l’éminence grise de l’ancien président Joseph Kabila. Les procureurs ont établi que Fleurette Properties avait agi comme un pivot financier, rétribuant des conseillers influents pour garantir un accès privilégié aux concessions les plus rentables du pays. Ce verdict souligne la porosité qui existait alors entre les intérêts privés internationaux et les cercles de pouvoir à Kinshasa, transformant le secteur extractif en un circuit fermé de profits personnels.
Si cet accord permet à la justice néerlandaise de marquer un point symbolique, il suscite une frustration légitime parmi les défenseurs de la transparence. Pour beaucoup, le montant de 30 millions de dollars apparaît déconnecté des bénéfices colossaux générés par ces actifs miniers au fil des années. En évitant un procès public, la société Fleurette s’offre une réhabilitation juridique à moindres frais, illustrant la limite de ces “amendes transactionnelles” qui ressemblent parfois à une simple taxe sur des gains illicites.
Le volet humain reste également le grand oublié de cette transaction financière. Si les caisses néerlandaises reçoivent l’amende, le préjudice subi par le peuple congolais privé de revenus essentiels pour le développement de ses infrastructures et de ses services publics demeure difficile à chiffrer et encore plus difficile à réparer. L’accord ne prévoit aucun mécanisme de compensation directe pour l’État congolais, laissant la société civile locale dénoncer une justice internationale à deux vitesses.
Pour Dan Gertler, ce règlement aux Pays-Bas est une victoire tactique mais non un blanc-seing global. Le milliardaire reste en effet sous le coup de sanctions extrêmement lourdes imposées par le Trésor américain, qui l’accuse d’avoir coûté plus d’un milliard de dollars en recettes fiscales à la RDC. Tant que Washington maintiendra ces restrictions, l’homme d’affaires restera un paria du système financier international, malgré ses tentatives répétées de négocier un retour en grâce auprès de l’administration actuelle de Kinshasa.
Enfin, cette affaire rappelle l’urgence d’une réforme profonde de la traçabilité des investissements miniers. Alors que la RDC est aujourd’hui le centre névralgique de la transition énergétique mondiale grâce à son cobalt, ce règlement néerlandais sonne comme un avertissement : sans une justice nationale forte et des mécanismes de contrôle indépendants, les ressources naturelles du Congo continueront d’alimenter des circuits de corruption dont les amendes internationales ne sont que la partie émergée.






























