Le vendredi 6 mars 2026, la ville de Ngoshe, dans l’État de Borno, a été le théâtre de l’un des enlèvements les plus massifs de ces dernières années. Plus de 300 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, ont été capturées lors d’un raid éclair attribué à la faction historique de Boko Haram (JAS). Cette attaque ne semble pas être un acte de banditisme opportuniste, mais une opération de représailles ciblée : elle fait suite à une offensive de l’armée nigériane qui a coûté la vie à trois commandants de haut rang du groupe terroriste quelques jours plus tôt.
Le mode opératoire — un assaut frontal suivi d’une disparition rapide dans les zones reculées de la forêt de Sambisa — illustre la résilience de Boko Haram malgré une décennie de lutte anti-insurrectionnelle. En frappant Ngoshe, les insurgés rappellent leur capacité à défier l’autorité de l’État dans ses bastions les plus vulnérables. Le président Bola Tinubu a fermement condamné cet acte, le qualifiant d’« assaut sans cœur », et a ordonné une mission de sauvetage immédiate, tout en déplorant des victimes civiles supplémentaires dues à des « tirs amis » lors de la riposte aérienne initiale.
Une crise multisectorielle : Entre djihadisme et banditisme
L’attaque de Ngoshe n’est que la face émergée d’une semaine sanglante. Entre le 4 et le 6 mars, les localités de Konduga, Marte, Jakana et Mainok ont également subi des assauts coordonnés. Cette recrudescence marque un échec cuisant pour la stratégie de « sécurisation des zones libérées » prônée par Abuja. Le Nigeria est désormais pris en étau entre trois menaces distinctes :
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Boko Haram (JAS) : En phase de reconquête territoriale dans le centre et le sud du Borno.
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ISWAP : La branche liée à l’État islamique, plus structurée, qui cible davantage les infrastructures militaires.
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Les « Bandits » : Groupes criminels spécialisés dans le kidnapping contre rançon, dont l’activité s’est intensifiée dans le Nord-Ouest.
L’implication américaine : Un tournant stratégique en 2026
Le contexte de ce raid est marqué par une intensification de l’aide militaire internationale. En février 2026, les États-Unis ont déployé environ 200 soldats au Nigeria. Contrairement aux interventions précédentes, ce contingent a pour mission explicite de conseiller l’armée nigériane sur la coordination entre le renseignement aérien (drones) et les opérations d’infanterie au sol. Bien que Washington insiste sur le fait que ses troupes n’engagent pas de combat direct, leur présence vise à combler les lacunes tactiques qui permettent aux terroristes de s’évanouir dans la nature après leurs méfaits.
Toutefois, cette présence étrangère alimente les débats à Abuja. Si certains voient en l’appui américain un mal nécessaire pour stopper l’hémorragie, d’autres craignent qu’une militarisation accrue n’entraîne davantage de dommages collatéraux. L’incident de Ngoshe, où des civils auraient péri lors de frappes aériennes destinées aux ravisseurs, vient cruellement illustrer ce dilemme : comment frapper un ennemi invisible sans sacrifier les populations qu’on est censé protéger ?






























